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Entretien avec Jean-Paul R.

« Oui, les mots peuvent être dangereux, mais pas seulement dans la bouche des voyants»

Jean-Paul R. est médecin, psychiatre des hôpitaux, directeur médical d'un centre médico-psychopédagogique.

Voyance, clairvoyance, sixième sens... Quelles définitions en donnerait le psychiatre?

C'est un psychiatre intéressé par les questions parapsychologiques qui vous répond... Il existe tout d'abord une définition sociale simple : la voyance, c'est la pratique des voyants. Ensuite, je peux vous donner une définition telle que les parapsychologues l'ont présentée : la voyance est un phénomène paranormal qui met en jeu, dans le meilleur des cas, les compétences du voyant et du couple voyant/consultant. A ce moment, tout se joue dans l'ensemble du champ psi : télépathie, clairvoyance, précognition, etc., mais, ce qui se passe intervient quand même sur fond d'une relation à un niveau psychologique.

Une relation psychologique en parallèle avec les phénomènes paranormaux?

Cette dimension n'est pas facilement identifiable puisqu'elle dépend de la théorie psychologique à laquelle on se réfère. Si on se place dans un modèle du psychisme relativement standard, classique, freudien, et qui ne laisserait pas de place au paranormal - à la différence d'ailleurs des positions de Freud lui-même -, on va considérer que la pratique du voyant se situe simplement au niveau d'une intuition un peu plus développée que la moyenne; ou encore que c'est une pratique de manipulation, voire d'hypnose a minima. Dans ce contexte, nul besoin des concepts parapsychologiques.


 


En revanche, si l'on est dans une vision double, c'est-à-dire si, en plus de cette conception psychique relativement classique, on prend en compte également des éléments parapsychologiques, on se retrouve alors face au fonctionnement psychique des deux sujets, avec en plus, de temps en temps, des phénomènes paranormaux qui interviennent. Et là, on ne sait plus du tout ce qui se passe. Sauf à être très sûr de sa théorie et Dieu sait si les théories ne manquent pas! Je suis assez prudent sur ce plan, car je n'ai pas la prétention de savoir où commence et où s'arrête le psychisme. Il existe, à l'évidence, une personne, un sujet, mais il existe aussi certaines informa­tions qui circulent entre les êtres et qui nous dépassent. Pour moi, le phénomène existe.

Les questions ne semblent pas manquer...

Oui, effectivement! Le phénomène de voyance... Est-il ponctuel ? V aurait-il tout à coup quelque chose de particulier qui ne se passerait pas le reste du temps? Est-il au contraire permanent et est-ce que ce sont les hommes qui posent une sorte de barrière, de censure qui fait que ce phénomène ne se manifeste que de temps en temps?

En fait, je suis assez réservé par rapport aux théories. Aucune, à l'heure actuelle, ne me paraît rendre compte de l'ensemble de ce que nous observons. Il est nécessaire d'en parler, de faire le tour des questions qui se posent, mais je n'ai guère de certitudes au niveau des réponses.

Ces questions remettent-elles en cause notre notion de temps et d'espace?

La voyance pose un énorme problème dans ce domaine. Elle semble indiquer que notre conception du temps n'est pas forcément la bonne. Ce n'est d'ailleurs pas plus choquant que cela si l'on se penche sur une certaine littérature scientifique, incluant la physique quantique par exemple. Cependant, quand les physiciens parlent de la conscience, ils ont un peu tendance à se passer de l'inconscient. Mais qu'est-ce que la conscience? Est-elle hors du temps? Existe-t-il un «grand inconscient» tel que, plus on tendrait vers ses profondeurs, moins la notion de temps serait présente, jusqu'à disparaître?

À l'évidence, les voyants semblent pouvoir se trouver en lien avec un autre temps. Voilà qui est problématique puisque nous avons d'un côté quelqu'un, le voyant, qui annonce un événement du futur et qui, en même temps, parle de libre arbitre. Croire au libre arbitre implique que rien n'est écrit. Si les clairvoyants ne défendent pas cette idée, leur pratique perd d'ailleurs tout son sens, nul besoin d'aller les consulter : si tout est écrit

quelque part et que le voyant se contente uniquement de dévoiler cet avenir, cela suppose également que les consultants ne peuvent pas modifier leur destinée.

La voyance apparaît alors comme un attrait intellectuel, savoir plutôt que choisir...

Il me semble que les voyants, lorsqu'on les interroge, pensent qu'une de leur fonction est de « préparer» leurs consultants, les aider à ne pas tomber dans certains pièges. Un rôle de prévention en quelque sorte : la possibilité que le fait se réalise, ne se réalise pas ou se réalise au mieux s'il est pressenti négatif.

Quel regard portez-vous sur les professionnels qui utilisent un support comme les cartes?

J'ai beaucoup écouté Didier Derlich à la radio et, là aussi, j'ai du mal à me faire une opinion définitive sur les cartes, les tarots. Je crois qu'il existe effectivement de «purs» voyants, qui travaillent sans support aucun ou qui ont un support vraiment annexe. Georges de Bellerive, par exemple, précise qu'il peut utiliser des cartes, mais qu'il n'en tient pas compte. Elles lui servent uniquement à occuper l'attention du consultant, le détourner d'une pensée trop figée ou angoissée.

Ensuite, parmi les personnes qui utilisent un support, il en est qui ont une intuition plus ou moins développée et je crois que, parmi celles-là, toutes ne sont pas « voyantes». Tout individu avec une certaine compétence dans l'utilisation d'un support, et qui a l'expérience de la relation humaine, peut dire des choses pertinentes, même sur l'avenir, mais ce n'est pas pour autant qu'il est voyant, au sens parapsychologique du terme, du moins. Il fait de la «petite voyance».

Par contre, on ne peut expliquer le flash de voyance par de la simple intuition. Il existe, de temps en temps, quelque chose d'un autre ordre qui se produit. Trop de témoignages vont en ce sens. Et le témoignage fait partie de la preuve, il ne faut pas l'oublier. On ne peut pas le balayer puisque cultu­rellement il est utilisé dans d'autres domaines. Par exemple, la Justice repose sur des témoignages, des gens sont parfois condamnés uniquement sur le récit d'autres personnes.


 

 


Témoignages mais aussi interprétation...

La croyance populaire par rapport à la voyance serait que le voyant « verrait » comme on regarde un film. Il aurait la capacité de se projeter dans le futur, il raconterait ce qu'il voit et ces images colleraient exactement à ce qui va se passer. En fait, il n'est pas du tout évident que le phénomène se déroule ainsi!

Pour reprendre la comparaison avec le cinéma, il ne faut pas perdre de vue qu'on n'a jamais pu filmer ce que le voyant certifie voir. Et c'est souvent une fois que l'événement a eu lieu que le consultant «recolle» des bribes de phrases, remet en place tous les éléments pour conclure : « C'est bien ce qu'il avait annoncé. » Or, personne n'a jamais pu affirmer que ce qu'il avait vu est exactement ce qui s'est produit. De plus, certains voyants ont d'autres types de perceptions, ils entendent ou ressentent dans leur corps.

En résumé, pas de preuves mais de la recherche expérimentale et des témoignages. Pensez-vous que cela soit suffisant pour devenir voyant professionnel?

C'est compliqué. Il existe tout un discours que l'on peut retrouver aussi bien chez des courants spiritualistes, ésotériques ou New Age qui proclame qu'il ne faut pas faire commerce de ces facultés; elles seraient du domaine du sacré. Mais, il y a une tout autre réalité que j'ai pu constater avec des patients : il est des personnes chez qui la voyance s'impose. Elles n'ont rien demandé à personne, sont éventuellement issues d'un milieu totalement étranger à ces phénomènes, et n'ont jamais rien lu sur le sujet. Pourtant, elles sont régulièrement envahies de perceptions de cet ordre dans leur vie quotidienne : dans le bus, au cours d'une conversation, etc. Il est évident que je ne parle pas ici de patients délirants qui ont, avant tout, besoin d'être traités. Dans le cas d'authentiques sujets psi, une des manières de vivre au mieux ces émergences du paranormal dans leur vie, peut être d'en faire un métier. Cela apparaît parfois comme une question de sauve-qui-peut.

Bien sûr, les dérives existent, mais je crois que c'est à chacun de se positionner, c'est toujours une histoire individuelle. Je souhaiterais que les voyants puissent avoir une formation psychologique de base et le plus de connaissances possibles en parapsychologie, en ethnologie, etc. Il serait intéressant qu'ils aient pu faire le tour de la question au niveau intellectuel et qu'ils décident ensuite, en toute connaissance de cause, s'ils s'installent ou non. C'est un métier qui peut s'avérer dangereux pour le clairvoyant comme pour le consultant, par manque de culture sur la manière dont


fonctionne la voyance. J'en ai connu qui, prenant conscience de ces risques, ont décidé d'interrompre leur pratique.


Ce sont les mots qui peuvent être dangereux?

Oui, mais c'est également vrai pour le médecin, pour le psychanalyste, pour le prêtre... C'est vrai pour toute relation inter-humaine. Je fais de la pédo­psychiatrie et j'ai reçu en consultation des enfants de cinq ans qui sont toujours victimes de l'oracle énoncé par un pédiatre lorsqu'ils avaient six mois! Un pseudo-diagnostic erroné, formulé de façon pas du tout scienti­fique... ll ne faut pas croire que seuls les voyants posent des actes de voyance! Et c'est probablement d'autant plus dangereux, lorsque du haut d'un savoir politique ou scientifique, on =balance» des mots, des assertions, des affirmations, alors qu'en fait, il n’y a rien de rationnel derrière.

Vous évoquiez les psychanalystes, ils sont pourtant censés savoir déjouer ces piéges...

Le psychanalyste est censé savoir qu'il existe des effets de transfert, ce que ne savent pas forcément tous les voyants. Certains thérapeutes ont suivi plusieurs analyses, sont reconnus par leur école de psychanalyse... Ce n'est pas pour autant qu'ils ne peuvent pas dire, de temps en temps, une parole maladroite ou une parole qui va rendre leur patient prisonnier. En ce qui concerne, par exemple, les phénomènes paranormaux, pour peu qu'ils ne connaissent pas ce domaine, ils ramèneront tous les dires du patient au fantasme, à la non-réalité. Si le psychanalyste est trop dérangé par ce qu'il entend, il est susceptible lui aussi de déraper. Donc oui, les mots peuvent être dangereux, mais pas seulement dans la bouche des voyants. A la limite, quand on va consulter un voyant, on sait qui l'on va voir, cette personne n'est pas entourée d'une aura scientifique, cela peut permettre de prendre un peu de distance par rapport à son discours.

Je rêve d'une pratique où le voyant serait relativiste dans ce qu'il annonce. Il dirait par exemple : a Vous savez, ce n'est pas une science exacte. Voilà ce que je vois, cela vous concerne peut-être, mais il peut aussi s'agir d'un de vos proches ou de quelqu'un d'autre.. Une telle démarche éviterait l'adhésion massive des consultants.

 


En définissant sa pratique, le voyant met parfois en avant les mots mission et amour. N'est-ce pas trop simple de s'appuyer sur ces termes?

J'ai envie de banaliser la vocation du voyant. On retrouve, en fait, les mêmes processus chez toutes les personnes qui ont une fonction d'aide : l'avocat, l'éducateur, le médecin, sauf que ces derniers s'appuient sur le domaine plus rationne/ d'un certain savoir. On ne demandera pas au médecin, à l'assistante sociale pourquoi ils exercent ce métier. La question de l'aide est implicite, alors qu'on peut suspecter le voyant de vouloir faire de l'argent. Comme il se vit souvent en lien direct avec le sacré, l'extraordinaire, le divin, et qu'il ne peut s'appuyer sur un savoir, il met en avant cette notion d'aide et d'oblation.

Souvent, les voyants parlent de « révélation de leur don par un choc physique ou psychologique. Qu'en pensez-vous?

C'est vrai pour certains, pas tous. Je me demande si ce n'est pas un peu comme certains phénomènes psychosomatiques. Il faut un terrain prédisposé et une histoire. Certains posséderaient cette capacité, quelque part en eux, mais pour qu'elle puisse se manifester, il leur serait demandé de vivre des événements

                              bouleversants. Cette hypothèse implique que tout le monde n'est pas suscep-

                                            tible d'être voyant, du moins d'une manière très régulière.

 

                                 Vous enseignez à Lyon au sein d'une université. L'intitulé de votre cours est

                             «Sciences, société et phénomènes dits paranormaux.. A qui s'adresse-t-il et quel est son contenu?

J'ai créé cette unité de valeur en 1995 et, à ma connaissance, c'est le seul endroit en France où l'on parle de paranormal en milieu universitaire, dans le cadre d'un cursus, d'un enseignement et avec une approche très large de ces phénomènes. Les étudiants, originaires des différentes filières de l'Uni­versité catholique de Lyon, arrivent dans ce cours parce qu'ils sont intéressés par ces questions, parfois un peu par hasard; nous accueillons également des auditeurs libres de formations très variées. Pour la moitié des cours, je fais appel à différents intervenants : philosophe, ethnologue, psychiatre, psychologue, prêtres, notamment l'exorciste du diocèse. Nous abordons ainsi les dimensions historique, anthropologique, épistémologique et psycholo­gique, la parapsychologique expérimentale et les liens avec la spiritualité.



Lorsque je leur ai soumis cette proposition, les responsables de cette université ont eu une réaction intelligente, comprenant que pour éviter que ce sujet soit mal traité, il valait mieux essayer de l'aborder le plus rationnellement et le plus sereinement possible! C'est ce que je tente de faire et c'est passionnant.


 

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Entretien avec Maud U.

«Les capacités psychiques sont une compétence du cerveau »

Maud U., certains médias vous citent comme étant la «star de la voyance». Pourriez-vous aujourd'hui débuter cet entretien en disant «Toute petite déjà...»?

Mon premier souvenir est une histoire de coupe en cristal, vers l'âge de huit ans. J'étais fille unique et je m'ennuyais beaucoup. Dans cet ennui, en fixant longuement cette coupe, posée sur la table du salon, je me suis mise à voir la structure de la matière, des milliards de particules qui s'agitaient en tous sens. Le soir, c'est mon père, assez surpris, qui m'a expliqué ce que j'avais vu.

Cette première expérience a-t-elle perturbé la petite fille que vous étiez?

Vous savez, ce n'est pas « fantasmatiquement bouleversant » la voyance! Très honnêtement, cette expérience ne m'a pas vraiment marquée. Je me souviens seulement de l'étonnement de mon père. En fait, il existait de gros problèmes psychologiques dans ma famille; il y avait donc d'autres priorités, des choses plus importantes à traiter. Je pourrais donner l'image de quelqu'un qui irait chercher sa pince à cheveux dans les ruines du World Trade Center! Cet incident, au milieu du reste, c'était comme une bonne blague, personne n'y a prêté attention.

A quelle époque avez-vous remarqué vos capacités particulières?

Lorsque j'étais invitée chez des camarades d'école, j'avais remarqué qu'en regardant des cartes postales anodines, écrites par des gens que je ne connaissais pas, je pouvais avoir des informations sur eux. Un jour, chez une amie, à la lecture d'un simple «Bonnes pensées du bord de la mer», j'ai décrit tellement précisément l'expéditeur que sa maman m'a regardée avec de grands yeux et s'est exclamée : «Mais comment fais-tu ?» La question me prenait de court; j'avais lu, je ne sais où, qu'il existait des cours de graphologie et je me suis écriée : « Mais c'est de la graphologie! J'avais alors douze ou treize ans et, à la suite de cette aventure, on m'a montré beaucoup de cartes postales...

 

Pendant votre adolescence, les «flashes» se sont-ils accentués?

 

Je n'ai jamais eu de flash ! Je ne sais pas ce que c'est, du moins dans le sens où on l'entend généralement, c'est-à-dire quelque chose qui s'impose brutalement, qui vous dépasse et stoppe toute distance critique. Pour moi, cela n'existe que dans les mauvais films américains. Mon mode de voyance s'exprime plutôt par des pensées, comme un souvenir qui remonte, plus ou moins précis. Pendant l'adolescence, j'en ai vécu beaucoup. Cela correspondait aussi à une période de cauchemar absolu, avec des parents qui avaient complètement perdu le sens de la réalité, qui n'avaient pas d'amis, des grands-parents inexistants, pas de frère, pas de sœur, l'isolement.

Je crois que le fait d'avoir été obligée de me débrouiller seule sur le plan psycho-affectif, de me retrouver dans une grande autonomie forcée, d'avoir été extrêmement contrecarrée par des parents à la fois autoritaires et incohérents, aurait pu me détruire, mais bizarrement ce contexte m'a verticalisée. Plus tard, j'ai rencontré des personnes avec des qualités morales, humaines et intellectuelles. Elles m'ont donné des bases pour entrer dans la vie d'adulte. Peut-être qu'à l'époque, si j'avais fait d'autres rencontres, ma vie aurait été un drame. C'est tout de même une histoire de chance.

Comment la «graphologue en herbe » est-elle devenue voyante?

J'ai commencé à me dire que j'avais peut-être des capacités extra-sensorielles simplement parce que je remarquais que des choses auxquelles je pensais, se produisaient. Je n'étais pas dans un état particulier, ni de transe; je pensais à quelque chose, sans raison apparente, et cela se réalisait. Ou encore, je racontais des histoires sur un mode imaginatif et dans le futur, ces mêmes histoires devenaient vraies.

Mais, parallèlement, tout le monde pense, un jour ou l'autre, à des événements qui finissent parfois par arriver. Qui ne s'est jamais dit: « J'ai peur que mon père, mon frère ou ma cousine ait un accident de voiture?» Statistiquement parlant, il y a bon nombre de personnes chez qui cette idée a traversé l'esprit et dont un proche a eu, ensuite, un accident. Ce ne sont pas pour autant des voyants.


Ce qui m'a vraiment permis d'être sûre que c'était bien une histoire de voyance, c'est lorsque je me suis décidée à faire une analyse. J'avais vingt et un ans, un bon avenir professionnel mais une vie affective pas heureuse du tout. J'ai observé ma situation très rationnellement et j'en ai conclu : « 1l y a un truc chez moi qui ne va pas, il y a des gens qui m'aiment, je ne les aime pas, et quand c'est moi qui aime, l'autre ne me regarde pas. Je ne vais pas passer ma vie à penser que c'est la faute de l'autre..

Très déterminée, je suis donc allée voir un psychanalyste et je lui ai raconté un rêve dans lequel une amie se mariait. Le rêve était vraiment détaillé et comportait des scènes assez inattendues dans un mariage. Vous l'aurez compris, quelque temps après cette séance, on m'annonçait le mariage de cette amie et toute la suite, aussi incroyable qu'elle pouvait paraître, s'est déroulée exactement comme je l'avais vue.

Cette fois-là, pas d'explication psychanalytique, pas d'anima, pas d'animus, j'étais sûre. C'était bien de la voyance. Aussitôt, une question s'est imposée : « Qu'est-ce que je peux en faire?»

C'est à ce moment que vous décidez de quitter votre travail et de vous installer...

La voyance m'apparaissait comme un univers extrêmement répugnant. Je n'en connaissais que l'image peu flatteuse véhiculée par les publicités des magazines et, d'ailleurs, ça n'a pas beaucoup changé... Il n'était donc aucunement question d'en faire mon métier, cela me semblait dégradant. Mais, j'écrivais un roman qu'un éditeur souhaitait publier. J'ai alors pris la décision de m'arrêter de travailler pendant trois mois et de vivre très temporairement de mes capacités psychiques afin de me consacrer à l'écriture de ce livre. Cela me semblait honnête, je savais que j'avais de l'intuition, que j'étais capable de donner beaucoup d'informations sur quelqu'un, mais je ne savais pas encore jusqu'où je voyais.

Des gens que je ne connaissais pas sont venus me consulter et j'ai réalisé que je pouvais réellement leur donner beaucoup d'informations sur leur vie. J'étais très croyante, catholique, et je pensais que c'était un don qui m'était donné, une sorte de grâce spirituelle... Ce qui est à la fois plein d'humilité et plein de prétention, mais je l'ai compris plus tard.

J'ai connu un tel succès qu'au bout de deux mois, des personnalités venaient consulter et j'ai été invitée à la télévision pour l'émission «Les Dossiers de l'écran. J'ai donc été médiatisée rapidement, c'est assez invraisemblable mais, de ce fait, je n'ai jamais eu à monter une clientèle.


 


Comment garder la tête froide avec une médiatisation inattendue et rapide?

 

Ma première démarche a été de m'occuper de l'éthique. J'ai même commencé par là, J'ai créé une association, avec une amie astrologue; mais il y a tellement de choses que je n'avais pas comprises...

Ce qui m'a tout de suite passionné, ce n'était pas la clientèle, recevoir des célébrités de tous les domaines, mais les capacités psychiques par elles-mêmes. Oui, aujourd'hui encore, j'ai des stars comme clients, je connais la moitié du PAF, mais cela n'a aucun intérêt d'en parler. Je m'explique : c'est bien sûr très flatteur mais d'une importance anecdotique par rapport aux enjeux philosophiques et scientifiques que pose l'existence de la voyance. Je me ne considère pas comme une coiffeuse ou comme un traiteur qui est content car il a une clientèle d'acteurs ou de stars en tous genres. J'estime que les questions que soulèvent les capacités psychiques sont extrêmement importantes. Elles me dépassent largement et dépassent largement mon histoire personnelle.

Le fait de s'interroger sur le comment de ces facultés ouvre un horizon intellectuel qui remet en cause la notion d'espace, de temps, les postulats de la physique. Une société est fondée sur l'idée qu'elle se fait de l'espace et du temps. L'idée de penser que la conscience humaine n'est peut-être pas ce que le monde dans lequel je vis me fait croire, me fascine.

Si je veux aujourd'hui, plus que jamais, trouver des protocoles d'expérimentation qui démontrent les capacités psychiques, c'est parce que je ne suis pas la seule à en avoir. Dans des cultures primitives et traditionnelles, beaucoup de sujets en sont capables; mais également, dans d'autres pays, beaucoup d'êtres humains confirment ces facultés, sans oublier les animaux. Au point où j'en suis aujourd'hui dans mon raisonnement sur la voyance, la notion mystique et spirituelle est dépassée.

Une nette évolution se dessine par rapport à ce que vous écriviez dans Pour en finir avec madame Irma et Fille des étoiles. Que s'est-il passé?

 

Pour améliorer ma vie spirituelle?» Les demandes sont invariablement les mêmes : «Comment améliorer mes affaires?», donc : « Comment gagner de l'argent?» et « Comment réussir ma vie amoureuse?»

Aujourd'hui, quand on parle de la voyance, on pense à une activité sociale qui serait une espèce de thérapie réconfortante où, par intuition, le voyant arriverait à restituer aux gens des informations suffisamment vagues, flatteuses et gentilles pour leur remonter le moral.

Je ne suis pas du tout d'accord. Il est impossible de faire le bien de l'autre parce que déjà, l'autre, vous n'avez pas à vouloir pour lui. Vouloir pour l'autre, c'est une démarche de missionnaire. Au niveau individuel, cela équivaut à des conduites « manipulatoires» et perverses de parents abusifs. Alice Miller a parfaitement su traduire cette notion dans son livre C'est pour ton biens. Le soi-disant intérêt de l'autre légitime toutes sortes de mensonges.

Beaucoup de voyants disent, et probablement sincèrement : «Je veux aider les autres», mais, au fond, avec quelles compétences? Un grand médecin, un avocat peuvent avoir aussi sincèrement le même souhait, mais c'est pour leurs compétences qu'on va les trouver, pas pour leurs bonnes intentions. Si vous souhaitez faire le bien des autres, adhérez à la Croix-Rouge, entrez à SOS Amitié, faites des visites dans les maisons de retraite, ou faites une formation d'assistante sociale : il n'est nul besoin d'être voyant! Qu'est-ce que les arts divinatoires et les capacités psychiques ont à voir avec « faire le bien des gens. ?

Vous êtes sans appel pour vos confrères...

Parce que la voyance, c'est extrêmement difficile et qu'il est nécessaire dans ce métier de mener une réflexion personnelle. Il faut bien comprendre que notre société moderne nous promet, de manière collective et non nominative, le bonheur. Elle assure à tous une réussite quasi obligatoire dans trois domaines. Réussite matérielle : un travail et une maison; réussite affective : un conjoint; réussite familiale : des enfants et une famille unie. Voilà ce que l'on nous promet, il suffit de regarder autour de soi, télévision, publicités, films, livres, etc.

Envahis par ce discours de chimères, la plupart des gens attendent ce bonheur comme un dû et le problème, c'est que très souvent, ils n'ont pas les outils sociaux, ni la maturité psychique, pour arriver à construire leur vie. Actuellement, le bonheur tel que l'envisage notre société, n'est possible que si l'on remplit ces trois conditions, on nous le rabâche sans cesse.


Dans notre société matérialiste, face à cette obligation du bonheur, beaucoup s'aperçoivent qu'ils n'y arrivent pas, ni financièrement, ni dans leur couple, ni avec leur famille. Ils se mettent alors à douter et craignent d'être exclus de ce paradis qu'on leur vante. Ce que ces gens viennent entendre chez un voyant, c'est qu'ils vont réussir le trio travail, amour, famille. Mais vous n'avez pas le droit de dire seulement ce que les consultants veulent entendre. Pour moi, c'est de la parole prostituée, je ne peux pas.

Pourtant la majorité des voyants s'en défend. Ils disent devoir souvent aller à l'encontre des désirs de leurs consultants...

Mais ils n'arrivent pas souvent à faire autrement, ils ont du mal à résister. Prenez cinquante personnes qui les ont consultés dans le mois; aux cinquante, ils annonceront une rencontre amoureuse. C'est très dur de résister à la pression d'un consultant.

Et vous, comment faites-vous?

Même si j'ai quelqu'un de très amoureux, en pleurs en face de moi, je ne craque pas dans la compassion. Je dis ce qui est. Les gens viennent chez moi, veulent des informations, ils les ont. Nous sommes tous deux adultes, responsables. Bien sûr, il y a des limites éthiques à ne pas franchir. Il est hors de question d'annoncer la mort d'un proche. Ce qui est intéressant avec la divination, c'est de pouvoir envisager tous les possibles et d'avoir la possi­bilité de vivre sa vie au mieux.

Mes capacités psychiques ne servent qu'à une chose : donner des informations. Vous êtes devant moi, à un moment x de votre vie et, avec ces capacités, je peux vous dire précisément ce qu'est en train de penser y et je peux de façon très probable, c'est-à-dire à 80 %, voir où vous allez avec y Si Jacques n'est pas le bon, je ne vais pas vous inventer un Pierre!

Avec des détails précis, je vais montrer à la personne pourquoi sa vie affective ne fonctionne pas. Je vais lui dire, par exemple : ((Vous êtes restée bloquée sur tel problème qui s'est passé en telle année, et tant que vous ne l'aurez pas réglé, que vous n'aurez pas fait un travail de thérapie, vous ne ferez pas de rencontre. »

Il faut bien comprendre que le bonheur affectif n'est pas une question de chance. Il suffit de lire les vies de Romy Schneider, de Marilyn Monroe ou encore de Brigitte Bardot qui trouve le slip d'une autre femme sous son lit le lendemain de son mariage... Elles étaient riches, intelligentes, belles, elles sortaient tous les soirs et pourtant...


Les gens pensent qu'il n'y a pas de rapport entre ce qu'ils sont et ce qui leur arrive. Je leur explique que le naturel d'un poirier, ce n'est pas de donner des prunes.

Dans votre pratique, vous ne faites donc pas de prédictions, vous donnez des informations?

Si vous allez faire une prise de sang, vous obtiendrez des informations sur votre état. Mais vous ne pensez jamais : «Tiens, je n'ai pas le moral, j'irai bien faire une prise de sang! » C'est exactement la même démarche pour la voyance.

Les capacités psychiques servent à donner des informations : j'ai vite compris que ce n'était pas l'attente de la majorité des consultants. Lorsqu'au marché, je croise quelqu'un qui m'accoste en me disant: «Je viendrais bien vous voir, ça me ferait du bien... sa demande me désespère! J'ai envie de lui répondre : «Allez vous faire masser, prenez rendez-vous chez l'esthéticienne, chez le meilleur coiffeur de Paris, faites-vous refaire les seins si ça peut vous faire plaisir mais, moi, je ne suis pas là pour vous remonter le moral. A Je ne vais pas lui raconter des sornettes du type «Madame, vous allez rencontrer l'homme de votre vie», parce que je sais pertinemment que, dans trois ans, si cette femme n'a pas fait un travail personnel, si elle n'a pas compris qu'une rencontre heureuse provenait d'un lent processus de croissance psychique à travers lequel elle passera par différents stades, alors elle m'écrira en me traitant d'escroc. Elle aurait raison.

Vous ne portez pas la parole magique... Mais vous semblez souvent conseiller une thérapie pour vos clients, n'est-ce pas l'influence de votre expérience d'analyse?

Non, l'analyse n'est pas le chemin de tout le monde. La voyance telle que je la pratique est comme une carte routière, je vois les structures. Il y a des autoroutes, des nationales, des départementales, des chemins communaux, mais aussi des impasses. Je vois ce qui préoccupe la personne; si c'est une autoroute, elle peut rouler librement, vite et bien, sans trop de danger. Mais si c'est une impasse, elle ne pourra pas avancer. Pour rencontrer Pierre ou Jules, si une consultante n'a pas dépassé la reproduction de certains scénarios catastrophiques, cela ne pourra pas se produire. Prétendre le contraire, c'est aller à l'encontre de toute la recherche en psychologie des cent cinquante dernières années. C'est de l'obscurantisme.

Dans les histoires d'amour, il y a souvent un côté extérieur de la personne, qui est dans le désir de rencontre; elle sort, va chez des amis, part en vacances... Et un côté intérieur, pas toujours conscient, qui fait obstacle


parce que la personne n'a pas réglé certains problèmes du passé. Il est nécessaire qu'elle se mette en accord avec elle-même. Et ma lecture de la personne est suffisamment précise pour qu'elle comprenne qu'il n'y a pas de miracle, que les éléments de sa vie ne s'arrangeront pas tout seuls. Je ne détiens aucune baguette ou formule magiques.

Je ne suis pas donc pas pour la psychanalyse à tout prix, simplement pour la prise de conscience d'une responsabilité dans sa propre croissance psychique.

Votre réflexion semble assez atypique dans le domaine de la voyance. Pensez-vous que la demande des consultants vis-à-vis des voyants puisse changer?

Déjà, il faudrait que mes confrères s'interrogent sur leur pratique, étudient les notions de transfert, de contre-transfert, et que ces phénomènes psychiques soient mis à leur place, dans le cadre de la recherche scienti­fique. Si la recherche scientifique permettait de mettre en évidence non seulement les phénomènes psychiques mais aussi les conditions favorables à leur production, tout pourrait changer! On cesserait de confondre des pratiques purement « manipulatoires» – dont il ne faut jamais oublier qu'elles sont aussi mises en place par la pression des consultants – avec de véritables capacités psychiques dépouillées de tout l'arsenal de mystère, de fausses bonnes intentions, bref débarrassées d'une forme de sous-culture qui maintient le phénomène dans la zone du risible, du pittoresque et du contestable. Maintenant voici ce que je trouve grave : dans certains magazines féminins, on trouve chaque semaine une somme d'encadrés publicitaires pour de la voyance par téléphone. La plupart des jeunes que vous entendez à l'autre bout de la ligne sont des étudiants qui répondent n'importe quoi. Ce qui les intéresse, c'est de gagner leur vie, fort mal d'ailleurs car ils sont purement et simplement exploités.

Mais la cerise sur le gâteau revient quand même à un grand hebdomadaire lu dans la majorité des foyers français ou dans les salles d'attente : dans la même colonne de publicité, vous trouvez, côte à côte, des annonces de voyance et des annonces de téléphone ro

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            entretien aver Bernard M.

«La voyance ne peut être prise au sérieux que si elle renonce officiellement à l'idée d'une prédiction implacable»

Bernard M. est docteur en sociologie et enseignant en philosophie.

Dans tous les entretiens avec les personnes qui pratiquent la voyance, revient, de manière constante, le terme libre arbitre. Pouvez-vous m'en donner la définition?

Le terme libre arbitre est lié à l'histoire de la philosophie occidentale. Dans la pensée antique, la notion de liberté avait un sens différent de celui qu'il a aujourd'hui. Être libre, c'était toujours plus ou moins accepter les choses, se rendre au mouvement de l'univers. Par exemple, chez les stoïciens, la notion de libre arbitre est inconcevable : la liberté, c'est l'acceptation de ce qui est. Être libre, c'est reconnaître la nécessité des événements et l'accepter. On souffre lorsqu'on se révolte en vain contre les décrets du destin.

Au xvne siècle, avec Descartes, naît une nouvelle idée d'un homme face à la nature. La nature n'a pas de finalité, elle ne pense pas, c'est une chose, une machine, et l'homme se détache de cette nature. Être libre revient alors de plus en plus à se penser comme non déterminé par tout ce qui nous précède. À partir de là et encore aujourd'hui, le pouvoir est donné à l'homme de s'arracher aux conditionnements de toutes sortes, de se détacher de la nature; c'est le libre arbitre...

La notion de voyance engendre un certain déterminisme face au futur. Comment concilier la voyance telle qu'on l'entend aujourd'hui – prévoir des événements d'une vie personnelle dans l'avenir – et la notion de libre arbitre?

Nous parlons ici de la voyance qui porterait sur le futur. Si les événements sont fixés de toute éternité, nous retrouvons l'ancienne idée d'une nécessité qui a réglé tous nos actes et tout ce qui arrive dans le monde. Dès lors, il n'y a pas de liberté au sens de libre arbitre. Nous ne pouvons plus nous déterminer nous-mêmes. C'est pourquoi cette forme de voyance portant sur le futur parait si choquante. C'est également pour cette raison que même les philosophes occidentaux, comme Bergson, très ouverts au paranormal et aux phénomènes de voyance, n'arrivaient pas à admettre la divination portant sur le futur. Pour eux, l'univers s'invente au fur et à mesure, c'est un processus en évolution permanente, qui n'est pas figé. L'idée que nos actes puissent être fixés de toute éternité les heurtait absolument; ils admettaient la télépathie, pas la prévision du futur.

Ce que l'on appelle le destin serait alors contraire à la notion de libre arbitre?

Le destin serait synonyme de l'ordre des choses, du divin. Si ce que nous allons dire et faire est fixé, si nous pouvons avoir accès à la connaissance de ces décrets, nous n'avons aucune marge de manoeuvre. La voyance dans le futur n'est donc pas conciliable avec la notion de libre arbitre?À première vue, non. On a donc essayé de concilier prophétie et libre arbitre en développant l'idée que la connaissance du futur nous permettrait de le remanier ou d'y échapper le cas échéant.

Que représente pour vous le mot voyance?

Simplement la capacité d'accéder à des informations en dehors des canaux habituels des sens.

Des informations du passé, du présent et du futur?

Théoriquement, ce devrait être pour tous les domaines. D'après ce que je connais, la partie pauvre de la parapsychologie est celle qui porte sur le futur. Les protocoles expérimentaux sont difficiles à réaliser et il existe, à mon avis, assez peu de cas vraiment convaincants. Quand nous sommes face à des prophéties spectaculaires, elles sont toujours suspectes d'avoir été en quelque

 


sorte réécrites après coup. Ce n'est pas la partie la plus concluante des matériaux dont nous disposons. Bien sûr, c'est certainement troublant mais difficile à attester. Puis, j'avoue que je me suis assez désintéressé de cette question, comme étant hors de portée, à la fois très complexe à attester sur le plan expérimental et encore plus difficile à théoriser. Les types de voyance les plus probants que je connaisse portent toujours sur des phénomènes de voyance dans l'espace ou dans le temps. Dans le présent à distance ou dans le passé.

Avez-vous tenté certaines expériences?

Oui, mais aucune sur des prédictions concernant le futur. J'ai mené certaines expériences avec la voyante Maud Kristen. C'était essentiellement des observations portant sur des objets à identifier alors qu'ils étaient dans des boites ou des enveloppes scellées.


En connaissiez-vous le contenu?

Oui, mais je dois préciser que ces expériences n'ont absolument aucune prétention expérimentale; elles ont été réalisées en quelque sorte pour mon édification personnelle. Il s'agit simplement de voir, par moi-même, des choses que j'ai connues à travers la littérature et de regarder comment elles fonctionnent. J'ai donc fait comme si personne n'avait jamais étudié ces questions avant moi.

Par exemple, je ne m'intéresse pas au problème de distinguer la télépathie de la voyance. Si je présente à la voyante un ensemble d'enve­loppes cachetées et que je les mélange, d'après ce qu'elle me dit, un chaos d'images l'envahit. Dans un premier temps, elle souhaite donc que je sache dans quel ordre sont présentées les enveloppes. Évidemment, cela peut ouvrir deux hypothèses : soit ce que l'on dit être de la voyance est en fait de la télépathie, c'est-à-dire qu'elle a lit» dans mon esprit et non pas dans les enveloppes directement, soit par des canaux très subtils, par des indices non paranormaux, elle arrive à capter l'opération en cours.


Peut-on distinguer la télépathie de la voyance?

C'est un problème insondable. Ce que l'on souhaite réellement savoir, c'est si le médium a pu capter des informations précises qu'il ne pouvait pas connaître. Tout se joue dans la précision des informations.

Prenons le cas d'Alexandre, un voyant du siècle dernier; vous venez le voir avec une bague dans une boîte, Alexandre prend la boite, la palpe, la renifle et dit : K Là-dedans, il y a du métal, jaune, c'est de l'or. À l'intérieur


 


de cette bague, il y a une inscription, une langue que je ne connais pas, c'est du latin. » Puis dans un effort suprême, il va retranscrire l'inscription gravée à l'intérieur de la bague, sur un papier. Ça ne s'arrête pas là, il va ensuite ajouter : ((Cette bague vous a été remise à telle époque par un homme qui s'appelle Charles, qui est militaire. Il habite à tel endroit, telle adresse.»

Dans le cas d'Alexandre, il est difficile de savoir s'il voit réellement les objets ou s'il (( lit» dans l'esprit des personnes qui lui confient ces objets. Alors, est-ce de la voyance ou de la télépathie? Peu importe, il a donné des informations précises.

Ne rejoint-on pas ici la voyance spectacle? A quoi servirait la voyance si c'est simplement pour deviner ce qui est caché dans une boîte alors que d'autres le savent?

Et la science, ça sert à quoi? À quoi sert-il de connaître la structure des étoiles? Ça sert à savoir, c'est tout.

Tout à l'heure, vous faisiez référence à vos lectures; s'agit-il plus particulièrement de celles qui concernent le médium Alexandre sur lequel

                           vous écrivez un livre en ce moment?

En grande partie. Et les expériences avec Maud Kristen ont servi à étayer ma démarche. J'ai effectivement découvert des processus qui ressemblent énormément à ceux qui sont décrits dans cette littérature. Pourquoi avez-vous choisi d'étudier Alexandrer?

Simplement parce qu'il est réputé comme le meilleur. C'est le Mozart de la voyance. Il surgit en 1843 et va pratiquer la voyance jusqu'en 1854. Il fonctionnait en tandem avec un magnétiseur, Marc O.. Ce dernier est un grand gaillard taillé en Hercule avec une voix de stentor, impressionnant physiquement, ancien officier de la Garde royale. Il n'a peur de rien, il est convaincu de ses dons. Pour Alexandre, jeune homme maigre, pâle et fragile, intelligent mais très timide, il est à la fois le magnétiseur, l'imprésario, le protecteur. Lorsque Marc magnétise Alexandre, sur les principes de la magnétisation de l'époque, issue de Puységur, il entre dans un état de conscience particulier. C'est un somnambule magnétique. 11 a des tics qui lui agitent le visage, des spasmes musculaires, puis, en quelques minutes, il redevient apparemment normal – mais il est alors en état de voyance.


 


Où se déroulent ces séances?

Il y a plusieurs types de séances, soit publiques et organisées par diverses personnes y compris par Marc, c'est d'ailleurs le début des démonstrations publiques. Soit ils reçoivent dans leur cabinet qui est ouvert certains jours et, enfin, ils se produisent aussi à la demande, en général dans la bonne société, dans l'aristocratie, chez les bourgeois, pour des médecins, etc.


Au cours de ces «séances-représentations », quels types de questions leur sont posés?

J'aurais tendance à répondre que cela peut être toutes les questions possibles, sauf celles que l'on pose aujourd'hui. La seule chose pour laquelle on ne consulte jamais Alexandre et Marc, c'est pour des problèmes psychologiques personnels. Toutes les raisons qui nous conduisent aujour­d'hui chez le psychiatre, le psychologue ou le psychanalyste, ce sont celles pour lesquelles on ne les consulte pas à l'époque.

On leur demande de retrouver des personnes disparues, de chercher des objets, ou simplement de faire des expériences comme celles des enveloppes cachetées, pour tenter de vérifier la voyance. Les motivations sont variables, elles vont du goût du mystère, du sensationnel, aux expériences à caractère scientifique.

Comment vivent-ils financièrement, se font-ils payer?

A l'origine, Marc avait une affaire, il était propriétaire d'une entreprise de roulage, mais il avait une passion, le magnétisme. Il s'est tellement engagé dans cette passion qu'il a délaissé son entreprise et a fait faillite. À partir de là, c'est la fuite en avant, il est obligé de s'en remettre au magnétisme. Alors tous deux vivent grâce aux séances publiques et aux consultations privées, bien que certaines soient gratuites.

Ils ont plusieurs clientèles. 1848, c'est l'époque où le peuple doit aussi avoir droit à ces phénomènes. Mais lorsque Le duc de Berry ou un grand personnage du royaume, les convoquent chez eux, ce sont alors des démons­trations probablement gratuites à des fins de prestige. Ils partent ainsi en Angleterre faire des expériences dans l'aristocratie britannique. Ce sont d'ailleurs les compte-rendus les plus intéressants avec des protocoles assez sérieux, faits par des gens soucieux du détail, qui décrivent précisément ce qui se passe. Alors, en vivent-ils bien ou non?Je n'ai pas vraiment le moyen de le savoir mais en tout cas, ils en vivent.


Vos recherches actuelles sur Alexandre ne vous donnent-elles pas envie de faire des recherches sur les voyants d'aujourd'hui?

D'abord, faudrait-il que j'en trouve... Je pense qu'aujourd'hui il y a un malen­tendu sur ce qu'on appelle un voyant. En les écoutant, on s'aperçoit à quel point cette pratique a été mêlée à tout ce que la psychologie a inventé, c'est-à-dire aux différentes psychanalyses, aux différentes psychothérapies, à tout ce qui vient de l'Orient, etc. Cela finit par faire une espèce de bric-à-brac incroyable, qui n'a plus grand rapport avec la voyance telle qu'elle se prati­quait vers 1845.

Il y a quelques années, je suis allé rencontrer un voyant dans une séance publique à Troyes et je lui ai demandé s'il était d'accord pour participer à des expériences de divination. Quand je lui ai expliqué de quoi il s'agissait, il m'a regardé avec des yeux ronds : visiblement, ce type d'expériences ne lui était jamais venu à l'esprit. Je me suis rendu compte que ce qu'il appelait de la voyance, n'avait aucun rapport avec ce que les voyants appelaient voyance en 1845.

                       Que lui avez-vous proposé?

 

Des tests classiques de détection d'objets dans des boites, avec des lettres, sur différentes cibles. L'idée que la voyance pourrait être la capacité d'extraire des informations sur des cibles, dans des conditions contrôlées, ne les effleure pas. En fait, ce que l'on appelle aujourd'hui de la  voyance est une sorte de psychanalyse sauvage. Psychanalyse pour le peuple, pourrait-on dire, où les gens viennent pour se faire parler d'eux, mais où il n y a pas l'idée ni le souci que l'on pourrait produire des phénomènes extrêmement précis.

La plus grande partie des discours des voyants aujourd'hui, même s'ils sont intéressants, ne peut absolument pas être retenue comme des expériences de voyance au sens de celles que faisait Alexandre.

Pour vous, la majorité des voyants aujourd'hui serait donc des gens qui utilisent un discours psychologique?

Absolument. Je ne vais pas pour autant parler de malhonnêteté. Ces personnes sont persuadées de leur capacité de voyance. Mais c'est tout simplement ce que l'époque désigne être de la voyance. Donc elles se conforment aux décisions de l'époque.

En réalité, si nous définissons la voyance comme l'accès à des informations interdites aux sens ordinaires, dans l'immense majorité des cas aujourd'hui, il ne s'agit pas de voyance. Il est possible que certaines de ces personnes aient des dons de voyance, je ne le nie pas, mais la façon dont elles les mettent en œuvre ne permet pas de le vérifier.


Que s'est-il produit pour arriver à un tel changement entre la pratique de la voyance au siècle dernier et celle d'aujourd'hui?

Une seule réponse à cette question : l'arrivée du mouvement psychanalytique. Dans les voyances que j'étudie, je n'y trouve jamais quelqu'un venir traiter de problèmes personnels. Ou, s'il s'agit de problèmes personnels, ceux-ci sont toujours liés à des situations concrètes : retrouver une personne, un enfant enlevé, un chien perdu ou volé, des objets, etc. La voyance demandée n'est jamais centrée sur le sujet lui-même. Elle n'est pas nombri­liste, à l'encontre de la voyance moderne.

La voyance d'aujourd'hui prône la notion de service. Les voyants disent aider le consultant à construire son avenir et à éviter certains écueils grâce à leurs prédictions...

Le seul terme « construire son avenir» est tout à fait typique de ce que l'on peut dire aujourd'hui dans le langage de la psychologie moderne. Je n'ai jamais trouvé cette expression dans la voyance du xiv' siècle. Bien que la divination actuelle ait un effet incontestablement pratique, l'accent est toujours mis sur l'application de connaissances et non pas sur l'application pratique.

A plusieurs reprises, Alexandre a eu des problèmes avec la justice parce qu'on l'accusait de dénoncer des gens à tort. Il a d'ailleurs écrit lui-même dans ses mémoires, qu'à cause de ces erreurs, il avait renoncé à ce genre de voyance. C'était un exercice trop incertain. Il a effectivement réussi à retrouver des voleurs, c'est incontestable, mais il s'est aussi trompé, aussi souvent qu'il a réussi. Ce n'est pas fiable.

A partir du moment où l'on nous parle de notre avenir, a-t-on tendance à réaliser les prédictions?

Si on connaît l'avenir, peut-on le modifier? Je n'en sais rien. La difficulté de ces questions est que l'on raisonne en termes de logique sur des questions qui peuvent complètement échapper à cette logique.

La voyance peut avoir un aspect prédictif — ce qui va se passer—, et un aspect performatif qui consiste à annoncer quelque chose qui, par le fait qu'on l'a annoncé, va se réaliser. Est-on aujourd'hui dans ce domaine? La question a été discutée; pour les intellectuels contemporains, si la voyance peut porter sur l'avenir, c'est uniquement sous forme performative. Mais la voyance peut aussi


être uniquement performative sans être prédictive. Si la voyance est prédictive, elle peut toujours, en même temps, être performative. Par exemple, dans un roman de science-fiction, Clancy a imaginé que des kamikazes se précipitent contre des tours avec des avions et ceci avant les événements du 11 septembre 2001 à New York. Il est possible que les terroristes aient trouvé cette idée dans le roman, c'est ce que j'appelle être performatif.

Si la voyance est performative, elle a donc une influence sur notre libre arbitre...

Dans une société où le libre arbitre, la liberté de l'individu, l'autonomie du sujet, sont présumés des valeurs maîtresses, la voyance ne peut être prise au sérieux que si elle renonce officiellement à l'idée d'une prédiction implacable. Tous les voyants se croient ainsi obligés de préciser que leurs prédictions n'engagent pas l'avenir. De la même façon, la même chose est dite pour l'astrologie, le thème astral n'aliène pas notre liberté.


 

 

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Entretien avec Louis A


«Je n'ai pas choisi la voyance, c'est elle qui m'a choisi»

Louis, en entrant chez vous, on a davantage le sentiment de se trouver dans l'appartement d'un ami que dans un cabinet de voyance. Est-ce ici que vous habitez?

Non, mais j'ai souhaité que le consultant soit complètement à l'aise dès son arrivée. C'est donc un petit appartement tout à fait traditionnel, un coin cuisine, un séjour avec un canapé et des fauteuils; la télévision fonctionne, des revues sont posées à disposition sur la table basse. Et, bien entendu, un petit bureau dans lequel je reçois les consultants. Il me semblait nécessaire de créer une ambiance un peu «comme à la maison ».

Mais il faut sonner pour entrer...

La personne sonne et je vais lui ouvrir. C'est un moment important puisque je sais tout de suite, face à la personne, si je vais voir ou non. En ouvrant la porte d'entrée, je dois avoir un premier cliché comme une photo instantanée. Et ça passe ou ça ne passe pas... Le consultant peut dégager quelque chose qui ne me convient pas, ou encore il se peut que je termine une consultation où la personne était dans une situation inextricable. Lorsqu'il en est ainsi, ensuite, je refuse tout le monde. La voyance aide mais elle peut également déstabiliser le voyant.

Il est aussi des moments où je ne peux pas donner d'explication. Par exemple aujourd'hui, j'ai ouvert la porte, j'ai regardé la personne et je lui ai dit : «Je suis désolé mais aujourd'hui, je ne ressens pas. » En général, les gens apprécient cette honnêteté. De plus, dans mon emploi du temps, je réserve toujours une place pour la journée du lendemain si jamais une telle situation m'arrive. Il n'est pas correct de faire attendre quelqu'un trop longtemps, la solution de remplacement doit être rapide. Et puis, certains


ont l'imagination facile, ils pensent que si je n'ai pas voulu les recevoir, c'est que j'ai vu quelque chose de mauvais! Pas du tout, c'est simplement que je ne voyais rien à ce moment-là.

De manière générale, comment se déroule une consultation?

Lorsque la personne est assise face à moi, je lui demande uniquement son prénom et sa date de naissance. Ensuite, je ne veux plus qu'elle parle. C'est à moi de parler, je ne veux rien savoir, rien entendre, je lui demande de m'écouter. Et je vais à l'essentiel, sans broder, je dis ce que je perçois.

Bien qu'il n'y ait aucun lien avec l'écriture automatique, j'écris au fur et à mesure tout ce que je dis. Je commence par le prénom, ensuite je vais dessiner une maison, la décrire, tout s'enchaîne rapidement. Mais je parle toujours en écrivant simultanément. Je ne regarde pas le consultant, je suis ailleurs, même si je ne me sens pas dans un état particulier.

J'ai un premier abord assez froid, j'ai besoin qu'il y ait une sorte de barrière entre le consultant et moi, l'affectif ne doit pas entrer en compte. A la fin de la consultation, c'est différent, nous échangeons, nous discutons sur un ton plus convivial. La personne repart du cabinet avec les papiers sur lesquels j'ai tout noté. Quelque part, ces écrits sont une trace, elle peut les relire dans des moments de blues, comme un soutien, un moyen de rassurer.

A partir du prénom et de la date de naissance, vous entrez en état de voyance. Pouvez-vous décrire plus précisément ce qui se passe?

Cela n'engage que moi, mais je pense que la voyance est un monde et le consultant un autre monde. Je suis un intermédiaire entre ces deux dimen­sions, je fais simplement le lien. Et la voyance est claire, contrairement à la télépathie où les éléments s'embrouillent les uns avec les autres.

Par moments, je vais visualiser une situation comme si j'avais une télévision installée devant moi et je raconte les images d'un film dont je perce­vrais des séquences. Je vois, je n'entends pas. Ces images sont des symboles; ce sont toujours les mêmes qui reviennent. J'ai d'ailleurs créé un jeu de cartes personnel dans lequel j'ai redessiné tout ce que j'ai vu au cours de ces années. Quelquefois je l'utilise pour avoir les détails d'une situation qui m'est apparue. Je peux difficilement donner plus d'explications, je suis moi tout simplement, et je pense avoir les pieds sur terre, la tête sur les épaules!


 


Vous évoquez le « monde. de la voyance. Ce monde, quel est-il?

L'invisible et l'inconnu à la fois. Un univers que l'on ne peut matérialiser, qui aurait peut-être trait à la foi. Je suis très croyant, sinon je ne ferais pas ce que je fais.

La foi vous est-elle nécessaire pour exercer votre profession?

Oui, mais ce sont deux domaines distincts. La voyance est une chose, la croyance en est une autre. Je n'avais jamais prié jusqu'à l'âge de onze ans. Cette foi m'a aidé, je suis «obligé» d'être croyant, les circonstances de ma vie me l'ont démontré. Je connais la souffrance, je vivais, enfant, dans un village et il est survenu un événement qui a bouleversé ma vie de petit garçon. Ce traumatisme m'a littéralement coupé de moi-même jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. La seule chose qui comptait, c'était d'aider les autres, j'avais fait complètement abstraction de ma vie. Et je priais. Toujours pour les autres. Encore aujourd'hui, je n'irais jamais dans une église faire briller un cierge pour moi, c'est toujours pour une autre personne.

Ce traumatisme dont vous parlez est-il lié au développement de la voyance dans votre vie?

En fait, non. La voyance est en moi depuis que je suis enfant, pourtant personne ne semble avoir eu de don particulier dans ma famille. Je ressentais des événements que j'expliquais avec mes mots. J'étais également attiré par les cimetières. Je précise bien sûr que je n'ai ni un esprit morbide, ni des pensées suicidaires! Mais j'aimais flâner en ces lieux, je fixais les tombes et j'essayais de deviner la vie de ces inconnus.

Mon premier souvenir de voyance remonte à l'âge de cinq ans : une petite grand-mère habitait près de chez nous, j'allais lui chercher son pain tous les matins. Un soir, j'ai annoncé à mes parents qu'elle allait s'endormir pour ne plus se réveiller. Le lendemain matin, elle était morte. Pour l'anecdote, j'avais ajouté qu'on donnerait à ma mère un balai. Effectivement, lorsque ses enfants ont fini de vider la maison, il ne restait qu'un balai de paille qu'ils lui ont donné. C'est ma première expérience, mais était-ce de la voyance?

Vous semblez ne pas être sûr... Alors, comment vous êtes-vous qualifié de voyant?

J'étais coiffeur. Dans le salon, je parlais aux clientes de leur vie. Pour moi, ce n'était toujours pas de la voyance, j'étais quelqu'un de très terre-à-terre. Mon seul objectif était d'ouvrir mon propre salon de coiffure. Mais quand les


 


D'après vous, quelle est l'utilité de la voyance?

Une aide, un soutien moral. Nous ne sommes absolument pas là pour diriger ou changer la vie des gens. En revanche, la voyance peut clarifier certaines situations, éclaircir une voie à suivre dans des circonstances délicates.

Certains consultants attendent du spectaculaire, des révélations extraor­dinaires, mais il ne faut pas oublier les personnes qui n'attendent plus rien de la vie. Ils ont vécu tellement de souffrances qu'ils espèrent trouver un peu de réconfort, de lumière. Pour celles-ci, la fin de la consultation est un moment privilégié, elles se confient. Il y a vingt ans, les gens pouvaient facilement parler avec le médecin ou le prêtre, maintenant tout va trop vite, il n'y a plus d'écoute. Une consultation de voyance est aussi un échange : dans un premier temps le voyant parle au consultant de sa vie, ensuite, le consultant a besoin de parler.

Qui vous consulte?

La voyance, personne n'y croit mais tout le monde consulte! Artistes, hommes politiques, chefs d'entreprise, toutes les corporations sont au rendez-vous, hommes et femmes à égalité. Les gens ont besoin d'être rassurés. A l'heure

 


actuelle, ils ne savent plus qui ils sont, ce qu'ils doivent faire, ils se sentent perdus. Mais attention, ils sont lucides. Nous leur servons de miroir, ils viennent chercher ce qu'ils ont en eux et je crois qu'ils se dirigent vers un côté plus spirituel.

Vous parlez de leur passé, du présent, d'événements déjà vécus, mais à propos du futur, pensez-vous que l'avenir soit déjà tracé?

J'en suis intimement convaincu. Nous avons un destin; en même temps, nous créons la vie que nous souhaitons, avec certains passages obligés par rapport à notre destinée personnelle.

Le doute a-t-il une place dans votre profession?

Toujours! Surtout lors d'une première consultation. Quand la personne repart, je suis « malade », inquiet; la voyance est une grande responsabilité. Il ne faut pas croire qu'on annonce que des bonnes choses, parfois il faut mettre la forme. Si je ne suis jamais satisfait, je suis rassuré lorsque cette même personne reprend

rendez-vous. À ce propos, je refuse les consultations « mensuelles », je reçois les                                 

gens au maximum deux fois par an. Tout comme je ne consulte pas pour une                                       

femme enceinte : il suffirait d'un mot mal interprété pour la perturber.                                                    

 

Vous donnez l'impression de prendre certaines précautions...                                                            

Absolument. On peut jouer avec tout mais pas avec quelqu'un. C'est une                                                     profession où certains praticiens dérapent facilement. Par exemple, j'ai déjà vu des gens décomposés parce qu'on leur avait annoncé le décès de leur enfant.

Il m'arrive de faire une erreur sur des détails mais pas sur la trame principale, et je demande toujours aux consultants de me téléphoner quelque temps après notre rencontre. Mais je le répète, j'essaie d'être le plus strict possible, de ne pas broder pour être fidèle à ce que je vois.

Avez-vous des relations professionnelles avec d'autres voyants?

Bien sûr, je connais des voyants sérieux et je donne même leurs coordonnées. Que ferions-nous dans une société où il n'y aurait qu'un seul boulanger, un seul boucher? Pour les voyants, c'est la même chose. De plus, je travaille parfois sur de gros dossiers, des dossiers de justice et il m'arrive de faire appel à plusieurs d'entre eux. Je ne peux pas tout voir et peut-être l'un d'eux percevra un détail qui ne me serait pas apparu. Nous sommes complémen­taires, ce n'est pas un déshonneur.

 


Vous êtes particulièrement sensible au domaine de la justice et vous avez co-signé un livre une avocate Parisienne. Comment s'est déroulée cette aventure?

J'ai une soif absolue de justice. Peut-être est-ce en lien avec ce traumatisme de l'enfance. J'ai rencontré cette personne au cours d'un dîner et nous avons sympathisé. Un an plus tard, j'ai reçu un homme que je percevais nettement innocent dans une sombre histoire; il était à bout, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. J'ai contacté cette avocate et je lui ai demandé de prendre cette affaire en main. Quelques mois plus tard, elle obtint un non-lieu. Nous nous sommes obstinés malgré les nombreux quolibets dont nous étions l'objet.

Je n'arrive pas à supporter l'injustice, quelle qu'elle soit. Peut-être suis-je trop sensible mais cette sensibilité, je la canalise dans la voyance. J'aimerais pouvoir aider encore plus.

Donner, aider, ces mots reviennent souvent...

J'aime les gens. Peut-être est-ce un défaut, mais j'aime tout le monde. Qui

                    sommes-nous pour juger l'autre? Une personne m'a fasciné dans ce siècle, mère Teresa. Cette femme, c'est le courage personnifié, l'amour. C'est un

                                             regret de n'avoir pu la rencontrer, personne ne pourra l'égaler.

                                                   Avec la voyance, j'essaie d'aider les autres le plus possible. Toutefois, je

                                       pense qu'un jour, je passerai à autre chose. Je n'arrêterai pas complètement – a-t-on le choix? – mais mon prochain but, c'est l'humanitaire, donner à l'autre sans rien attendre. Je parraine déjà certaines associations. S'il faut aller porter des brouettes, j'irai.

 

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Entretien avec Jean Philippe H.

 

Jean-Philippe, quelles ont été pour vous les prémices de la voyance ?

«Le voyant est une personne avec une sensibilité à fleur de peau, c'est une éponge... »

J'exerce ce métier depuis dix-sept ans. Je traversais alors une série de difficile et je suis allé consulter quelqu'un qui pratiquait la voyance; cette personne m'a dit : ((Vous avez les yeux d'un grand voyant, cette qualité est au fond de vous, il faut absolument vous lancer, prendre un tarot. » J'avais vingt-huit ans. Auparavant, ma vie avait été émaillée d'indices, mais c'est un domaine qui me faisait peur.        

Peur ?

Enfant, j'ai eu un grand nombre de signes. D'un tempérament réceptif, sensitif et émotif, je ressentais beaucoup de choses alors que j'étais né dans une famille pas du tout avertie de ce genre de phénomènes. La nuit, je me réveillais fréquemment, j'entendais de drôles de bruits et mon père était obligé de me faire faire plusieurs fois le tour de la maison pour me montrer qu'il n'y avait personne. En même temps, j'étais un enfant extrêmement spirituel, j'adorais me trouver dans les églises. Mais je n'étais pas dans la conscience de ce qui se passait.

Entre dix-sept et dix-huit ans, j'ai commencé à faire des rêves prémonitoires impressionnants; ils m'ont fait peur, je pense que je n'étais pas prêt. Par exemple, j'ai rêvé de mes résultats du baccalauréat de français : des notes catastrophiques! En me réveillant, je me suis rassuré en me disant que ce n'était qu'un mauvais rêve. La suite a prouvé que ce n'était pas du tout un rêve!

À la même époque, alors que je n'étais pas chez mes parents, j'ai rêvé que j'allais à l'enterrement de mon père puis, tout d'un coup l'enterrementn'avait plus lieu, tout s'évaporait. De retour à la maison, j'apprends que mon père a eu une forme d'attaque assez sérieuse mais qu'en définitive, tout était rentré dans l'ordre. Ces rêves m'ont marqué, ils m'effrayaient.

Adulte, les rêves prémonitoires ont-ils continué?

Oui, mais le moment le plus important se situe un an avant de rencontrer la voyante qui a révélé mon don. Je suis parti faire un voyage en Égypte. À Louxor, au temple de Karnak, j'ai été pris de sanglots terribles. Je pleurais sans pouvoir m'arrêter; tout mon être n'était qu'émotion. C'était comme si je retrouvais cet endroit, comme si je l'avais toujours connu. J'étais chez moi. J'aurais pu dire que j'y avais vécu. La voyance est-elle la continuité de choses apprises? Tout est peut-être déjà au fond de moi.

Au fond de vous...

Des mémoires qui existent d'un lointain passé.

Quelle forme de voyance utilisez-vous?

J'ai commencé avec le tarot de Marseille. J'utilisais toutes les cartes, arcanes majeurs et mineurs. Petit à petit, j'ai réalisé que je n'étais pas toujours en accord avec la symbolique des cartes; je voyais des événements qui n'entraient pas dans le cadre du tarot. Il m'a semblé nécessaire de me dégager de ces symboles pour ne pas dépendre d'un système. Moins je les utilisais, plus j'avais de flashes et de moins en moins besoin des cartes. Les gens m'apportaient des photos, des écrits, je les touchais et je voyais.

Comme au cinéma?

Je ne sais comment dire. Je pourrais parler d'impressions très fortes, de sensations, puis de flashes, de scènes qui m'apparaissent. Ce sont des images vivantes, colorées, parfois très nettes. Je les restitue au consultant en utilisant la formule : .0n me dit... », parce que j'ai l'impression qu'au fond de moi, on me parle. Par exemple, lorsqu'une phrase arrive dans mon esprit et que je la repousse en pensant qu'il n'est pas adéquat d'en parler à la personne en face de moi, cette même phrase reviendra sans cesse jusqu'à ce que je sois amené à en parler.

Je me considère comme voyant, pas comme médium. Un médium, pour moi, fonctionne avec des entités et, même si je peux éventuellement en ressentir, je n'aime pas cela, car je crois qu'il n'est pas toujours possible de



savoir avec qui l'on est en réceptivité. Comme j'y suis sensible, je travaille avec une autre forme d'énergie, un autre canal.

Qui est « On » ?

Ce sont mes paramètres.

C'est-à-dire...

Je suis quelqu'un de spirituel, je crois en Dieu. Je me situe dans l'énergie christique et mariale. Pour moi, «On », c'est Dieu, cette énergie, cette force suprême où se trouvent des archanges, des anges, ou des guides comme les nomment certaines personnes. Je suis dans cette énergie et je fais tout pour y rester, ce qui demande d'alimenter sa foi, de prier.

 

Dans cette énergie particulière dont vous parlez, votre « interlocuteur » est-il toujours le même?

Je n'en sais rien. L'individu qui vient consulter peut très bien, lui-aussi, avoir ses propres interlocuteurs et il est possible qu'ils veuillent me parler. Ce ne sera pas forcément des entités mais si ce genre de phénomène se produit, c'est toujours pour délivrer un message, par exemple se battre pour garder une maison ou retrouver un objet précis dans un lieu. Au fur et à mesure que je verbalise le message, que je dis les choses telles qu'on me les fait entendre, l'image du défunt disparaît ensuite.

 

La foi est-elle nécessaire à la pratique de la voyance?

Pas forcément puisque certaines personnes pratiquent sans avoir la foi. De quelle voyance s'agit-il alors? Je ne sais pas, mais il est important de se situer parce que derrière ce «On» peuvent se trouver soit des forces négatives, soit des énergies de lumière.

Si on croit aux énergies, on fonctionne avec elles, on devient «canal» et il y a automatiquement des répercussions. Plus on se placera dans des forces positives, plus on sera protégé et surtout dans une dimension qui amènera de meilleures conclusions pour l'individu qui vient nous consulter. Cette responsabilité vis-à-vis de l'autre implique des prises de conscience, le fait de savoir se remettre en cause en permanence.

Un jour ou l'autre, les voyants qui n'ont pas la foi vont devoir se remettre en question sinon ils risquent d'être déstabilisés. Comment font-ils lorsqu'ils voient certaines choses ou des entités? Ces manifestations impliquent un monde parallèle au nôtre, qui existe même s'il est en marge de tout ce que l'on


connaît. S'ils ne croient pas, n'ont pas la foi, ils sont alors en « désunion » avec ce qu'ils représentent. C'est très paradoxal pour moi : comment peuvent-ils être athées et voyants à la fois? Ce sont peut-être des gens très imbus d'eux-mêmes, qui pensent que tout vient d'eux, qu'il n'existe pas autre chose. C'est un manque d'humilité et, dans notre corporation, l'humilité est importante.

Pratiquer la voyance implique donc de développer certaines qualités?

La qualité primordiale pour faire mon métier, c'est de savoir aimer les gens. Cela résume tout. Savoir aimer, savoir être à l'écoute de l'autre, ne pas le déstabiliser, tenir compte de ses émotions, de sa sensibilité, ne pas dire certaines choses. Je pourrais même ajouter, c'est une vocation.

Ne pas dire...

Je suis un préventif, il m'est difficile de voir une fatalité réelle dans la vie de quelqu'un. Mon but est d'apporter de la sérénité et un maximum de prévention. Je me dis que s'il nous est permis de voir pour les autres, il nous est permis alors de voir toutes les ouvertures possibles par rapport à une situation, et non pas uniquement les portes fermées.

Fatalité, destin, toute notre vie est-elle écrite.? Si oui, à quoi sert la voyance?

Il existe certains points, certains faits, établis. Ma profession consiste à aider l'autre à se construire, à saisir les opportunités et à déjouer les pièges pour tendre vers le meilleur bien-être possible.

La voyance n'empêche absolument pas de vivre sa vie. Lorsqu'un individu vient me voir, il est libre; je lui donne un maximum de clés pour se réaliser dans son existence, des éléments lui permettant de reprendre un certain chemin s'il s'est perdu. C'est en même temps une aide à la décision.

Le Christ a dit : « Heureux sont ceux qui ont des oreilles pour entendre et des yeux pour voir. « Selon leur degré de maturité, certains individus ne vont pas entendre ce que je vais leur dire. Ils ne garderont en mémoire que les éléments qui leur conviennent; pour cette raison, je préfère que la personne enregistre la consultation.

Qu'entendez-vous par maturité du consultant?

Si vous êtes dans une période chaotique de votre vie et que vous ne voulez pas en démordre malgré ce qui est dit, c'est un manque de maturité. Certains répliqueront : « C'est le destin, il ou elle doit passer par ces événements pour se structurer. « Je ne le pense pas.


Avant tout, il existe des choix dans l'existence. Je peux comparer cela avec l'image d'un croisement: je dis au consultant, si vous allez à droite, la situation évoluera de telle façon; si vous prenez le chemin de gauche, attention, je sens tel mouvement. Mais il est libre, c'est toujours lui qui choisit.

Le problème se retrouve souvent dans le domaine de l'affectif parce que les gens fonctionnent par rapport à leurs émotions. Même s'ils entendent un avertissement, ils préfèrent rester avec quelqu'un qui les détraque, qui les déstabilise. Le jour où ils en prennent réellement conscience, ils peuvent revenir sur l'autre chemin.

Dans une consultation, je donne des « clés », mais les gens entendent ce qu'ils veulent; ensuite, ils sont libres d'agir ou non. C'est le libre arbitre de toute personne.

Que veut dire l'expression « Ça passe ou ça ne passe pas »?

Certaines personnes sont extrêmement hermétiques! Je me demande pourquoi elles consultent : est-ce pour nous piéger, nous mettre à l'épreuve? Je ressens parfois une forte tension, voire une agressivité de leur part. Je cesse la consul­tation et je leur explique que ce n'était pas la peine qu'elles prennent un rendez-vous chez un voyant, elles perdent leur temps et moi le mien.

Et puis, on ne peut pas être le voyant de tout le monde. Je le répète, je ne suis pas médium, pourtant certains arrivent en pensant que Françoise, Paul, Marguerite ou Jean-Pierre va leur parler par mon intermédiaire...

Je peux aussi citer les consultants qui, probablement pour nous tester, demandent la couleur de la chemise de leur petit ami, ou le modèle de ses chaussures... Sans parler de ceux qui attendent de la voyance de concierge, seuls les potins les intéressent! Je ne suis pas du tout dans ce type de voyance et, dans ces moments-là, effectivement, ça ne passe pas.

A votre avis, quelles sont les motivations des consultants ?

C'est variable. Certains viennent par curiosité, sans questions précises; ils ont simplement entendu parler de moi et se disent : « Pourquoi pas?» Pour d'autres, la consultation concerne surtout leurs proches, enfants, petits-enfants, mari ou femme.

Certaines personnes consultent aussi avant l'achat d'un lieu. Ils n'ont pas tort puisque les constructions sont bâties sur des zones énergétiques, tellu­riques. Les lieux ont une mémoire, une vibration, et il est nécessaire de connaître la densité de celles-là, si elles sont positives ou négatives. Souvent, sur un même trottoir, une boutique est rentable et une seconde, plus loin,


avec des commerçants adorables, ne fonctionne pas du tout. Ce peut être da à la présence d'une nappe phréatique ou encore il faudrait =dépolluer» les lieux parce que les murs gardent la mémoire du passé.

Je reçois enfin de plus en plus de personnes déstabilisées ou au chômage, en quête de repères pour leur vie. Je fournis des éléments qui permettent de passer les obstacles, d'ouvrir des portes, et de ne plus rester face au mur.

Arrivez-vous à situer vos voyances dans le temps?

En général, il est dit qu'un voyant ne peut pas donner de dates. Ma particularité est de ressentir les périodes, de pouvoir entrer dans le temps. La seule chose que je demande à un consultant, c'est son âge. Avec cet élément, un tableau se dresse dans mon esprit et je connais ses préoccupations du moment et les cycles à venir. Ce tableau est comme une esquisse qui se précise tout au long de la consultation. Je pense être juste au moins à 85 ou 90 %, voire 100 %. Mais attention, il peut y avoir parfois trois semaines ou un mois de décalage.

Vous sentez-vous dans un état particulier lorsque vous consultez?

J'ai l'impression que oui. J'ai constaté, qu'en état de voyance, la température de mon corps diminuait. Quelquefois, je me suis senti fiévreux alors que je n'avais que 36,2 °C.

En même temps, j'ai parfois la sensation de devoir « redescendre », comme si j'étais sur une autre longueur d'ondes. Pourtant, je peux être en état de voyance vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

C'est pour vous un état qui ne se maîtrise pas?

Il faudrait m'expliquer comment le maîtriser! En fait, je n'en ai pas envie. M'est-il permis de fermer la porte à ce don? Sincèrement, je ne sais pas. Mais, dans une salle de spectacles, il m'est arrivé de me sentir mal, angoissé, peut-être à cause d'un électromagnétisme trop important ou des énergies contraires aux miennes. Il me semble mieux le vivre aujourd'hui.

Le voyant serait-il une personne particulière?

En tout cas, une personne hyper émotive avec une sensibilité à fleur de peau. C'est une éponge»... Quand on est une éponge, on s'imbibe de l'autre. Entre chaque consultation, je me lave les mains pour me nettoyer des énergies que j'ai captées. Et tous les matins, je me place sous le regard de Dieu, je prie.


 


Avez-vous déjà eu envie de travailler avec la communauté scientifique?

J'ai essayé mais ça s'est très mal passé. C'était dans une radio, je devais répondre aux questions des auditeurs en présence d'un scientifique. Celui-ci n'a pas supporté qu'on lui impose un voyant qu'il n'avait pas choisi. Il voulait que je passe des tests! Je lui ai répondu que je n'avais à passer aucun test et que ce n'était pas à lui de juger si j'étais bon ou pas. Il lui suffisait d'écouter l'émission et, en fonction des retours des auditeurs, il pouvait se faire une idée de mon don.

Demander aux consultants de nous téléphoner quelques mois après une consultation est le seul moyen pour nous de savoir si notre voyance est efficace. Je peux parfois me tromper ou avoir un décalage dans le temps. Il m'est arrivé, rarement, de vivre des situations de a pétard mouillé. un événement s'annonce puis rien ne se passe, tout s'écroule. Pourquoi? Je ne sais pas, mais je le vis très mal parce que je suis perfectionniste et que j'ai le souci de l'autre.

Les erreurs peuvent-elles 'être dues à des perturbations dans votre vie personnelle?

Non. J'ai reçu des personnes avec des problèmes de dents de sagesse. Même lors du décès de mon frère, malgré la douleur, j'ai continué mes consultations. Souffrance ou pas, si vous êtes réellement canal, la voyance est là. A priori, lorsque je me suis trompé, je n'étais jamais dans un moment perturbé.

Au début de l'entretien, avec l'Égypte, vous évoquiez « des mémoires d'un lointain passé qui renvoient au processus de réincarnation; ensuite vous parlez de votre foi, d'énergie mariale et christique. L'Église prône la résurrection. Réincarnation et foi catholique ne sont-elles pas deux notions incompatibles?

Si. Il y a là un grand mystère. Qu'entend-on par résurrection ? Et qui a parlé de résurrection? Dans la religion chrétienne, avant le Xe siècle, on parlait de réincarnation. Avec ce que j'ai vécu, je ne peux qu'y adhérer, mais cela ne m'empêche pas d'adorer et d'aimer le Christ. Je crois en son énergie, en ses messages.

Je suis catholique mais chrétien avant tout : je ne reconnais pas les dogmes. Pour moi, la religion initiale vient d'Orient, elle est copte ou orthodoxe. Ensuite, elle a été occidentalisée, revue et corrigée. Dans le culte catholique d'aujourd'hui, beaucoup de rituels comme l'encensement ont été désacralisés. Je pense surtout qu'il existe une grande différence entre l'Église des hommes et l'Église de Dieu.

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Entretien avec Yves

 

 «Aujourd'hui, l'unique question est : comment cela fonctionne-t-il ?»

 

Mathématicien et statisticien, Yves est enseignant à l'université de Toulouse-Mirail.

 

Yves, comment définissez-vous votre rôle dans le domaine de la                   

parapsychologie?

                                                                                                                                  

Je suis un chercheur avant tout et, si j'ai une religion, c'est la science. Mon rôle est de mener des recherches en parapsychologie parce que ce domaine m'intéresse. Si j'étais passionné par le problème de l'homosexualité chez le cancrelat californien, je crois que j'aurais la même attitude intellectuelle. Ma démarche est liée à l'idée que je me fais de la science.

Par ailleurs, en m'intéressant à la parapsychologie, j'ai également découvert, au fil des ans, la nécessité d'avoir une action éducative, au sens large. Ce besoin renvoie à ma propre éthique. Chercheur et enseignant à la fois... Comme à l'université finalement.

 

En fait, qu'est-ce que la parapsychologie pour un scientifique?

 

On confond souvent parapsychologie et paranormal. Le domaine de la para­psychologie est bien délimité: c'est l'étude de la perception extra-sensorielle et de la psychokinèse2. Celui du paranormal est beaucoup plus vaste : la parapsychologie n'est que l'une de ses provinces.

Le terme perception extra-sensorielle (ESP) a été proposé par le biologiste Joseph Banks Rhine qui, à partir de 1930, a donné à la parapsychologie son véritable statut de discipline scientifique. Ces phénomènes mettent en jeu une perception, c'est-à-dire un acquis d'information et le terme extra-sensoriel signifie que cette information est obtenue sans utiliser les cinq sens ordinaires.

 

Et la voyance?

 

En parapsychologie, nous distinguons plusieurs aspects dans la perception extra-sensorielle : la voyance ou clairvoyance lorsque le sujet, seul, cherche à acquérir une information dans le présent; la rétrocognition qui est la voyance dans le passé; la précognition ou prémonition définissant la perception extra-sensorielle d'un événement à venir.

 

Au cours d'une conférence publique à Toulouse, en octobre 2000, je vous ai entendu dire à l'assistance : n Je pense que les phénomènes de voyance sont authentifiés scientifiquement.» Vous sembliez sûr de vous...

 

Ce que le grand public ignore souvent, c'est qu'il n'est plus question aujour­d'hui de se demander si c'est vrai ou faux! Les nombreuses expérimentations menées sous contrôle en laboratoire ne laissent aucun doute. Il suffit pour s'en convaincre de se plonger dans les dossiers scientifiques concernant la parapsychologie. Aujourd'hui, l'unique question est : comment cela fonctionne-t-il? Nous continuons donc les expériences pour tenter de comprendre les phénomènes et de dégager des lois.

 

 

Lesquelles?

 

Encore aucune pour le moment. Nous constatons des corrélations. La distinction est très importante puisque si l'on arrivait à dégager des lois, nous ne serions pas loin du contrôle du phénomène. Pour vous donner un exemple, si vous souhaitez apprendre l'anglais ou les mathématiques, vous devez vous y prendre d'une certaine manière, en usant d'une méthode précise. Il existe des lois pédagogiques et, en les utilisant, vous contrôlez l'apprentissage de l'anglais ou des maths. En parapsychologie, c'est exactement la même chose : si l'on découvre qu'un type d'alimentation améliore la performance, on utilisera ce régime pour essayer de produire des perceptions extra-sensorielles, comme on utilise un régime alimentaire pour produire des performances sportives.

 

 

Si des lois ne se dessinent pas encore, quelles sont les corrélations qui se dégagent aujourd'hui?

 

La grande découverte porte sur les états altérés de conscience comme l'hypnose, la relaxation, la méditation. Quand l'organisme cesse de fonctionner de manière très intégrée dans son environnement, les phénomènes parapsy­chologiques se produisent Ou simplement, si vous êtes obsédé par l'état de santé d'un proche qui est malade et ce, au point de négliger vos préoccupa­tions quotidiennes, vous êtes dans un état altéré de conscience qui peut produire une prémonition de décès, par exemple. Les sceptiques réfutent ce genre de témoignages. Mais comme dans toute science, nous commençons par des observations. Et je constate que les expérimentations sur les états altérés de conscience sont bien en accord avec les témoignages. Les personnes qui disent avoir vécu des phénomènes forts étaient, pour parler de façon grossière, dans un état altéré de conscience.

 

Vous parliez des sceptiques; la parapsychologie semble déchaîner les passions...

Derrière tous les phénomènes parapsychologiques naît l'idée que l'être humain a peut-être un esprit. Esprit au sens qu'il existerait quelque chose d'immatériel dans ce qui fait un être humain. Nous ne serions pas seulement atomes et molécules, chair et os. L'enjeu est énorme pour la science.

De plus, certains sceptiques bondissent à propos de parapsychologie en argumentant que si on émet l'hypothèse que l'homme a un esprit, on rejoint la doctrine chrétienne avec d'un côté la partie matérielle, le corps, et de l'autre, la partie immatérielle, l'âme. Avec de telles théories, la parapsycho­logie irait au secours des religions.

 

 

 

N'est-ce pas effectivement le cas lorsqu'un prêtre et théologien, le père François Brune, défend dans les médias, au côté du biologiste Rémy Chauvin, l'idée d'une communication avec les personnes disparues dans des conférences publiques et dans son livre Les Morts nous parlent1 ?

 

Oui, il est évident que la dérive vers un prosélytisme religieux n'est pas loin. J'aimerais mieux que le père Brune ne se présente pas comme un chercheur en parapsychologie. Un chercheur est un scientifique et une telle confusion dessert la parapsychologie.

 

 

Autre argument souvent entendu à l'encontre des recherches dans ce domaine : la non-reproductibilité des expériences. N'est-ce pas, en effet, le facteur décisif dans l'attribution du caractère scientifique à une expérience?

 

C'est un faux débat d'affirmer que les expériences ne satisfont pas à l'un des critères essentiels de la scientificité si elles ne sont pas reproductibles.

Rémy Chauvin explique clairement que l'expérience de parapsychologie est reproductible mais pas n'importe quand et pas dans n'importe quelle condition. Ce qui est vrai de toute expérience d'ailleurs. Si vous demandez à des étudiants en chimie de réaliser un précipité et si l'éprouvette est sale, cela ne fonctionnera pas puisqu'un composant extérieur interviendra : les poussières dans le récipient. Pourtant cette expérience est reproductible, mais pas n'importe quand et pas n'importe comment. En parapsychologie, c'est la même chose. L'utilisation de cet argument montre bien qu'en réalité, le débat n'est pas scientifique mais philosophique.

 


Quels sont les objectifs des recherches actuellement?

 

Nous en parlions précédemment, nous tentons de connaître les mécanismes des phénomènes parapsychologiques. Avant de déboucher sur une loi, c'est-à-dire une relation causale, nous devons en premier lieu mettre en évidence des corrélations, des simultanéités. L'apparition du phénomène de voyance semble se produire avec une certaine intensité dans un état altéré de conscience. Cela ne prouve pas que cet état soit la cause du phénomène, cela montre simplement que ces deux éléments vont de pair.

Toutes ces recherches demandent une technologie très lourde, que nous n'avons pas en France. Les programmes de recherche du Laboratoire de Toulouse ne bénéficient plus du soutien financier de l'université depuis 1981, pour raisons administratives. Le règlement mis en place à cette époque stipule que l'université ne finance plus que des équipes constituées par des membres de l'établissement. Je ne suis censé travailler qu'avec des enseignants du Mirail, donc notre groupe de recherche en parapsychologie ne satisfait pas à ces critères et nous sommes bénévoles... En Europe actuel­lement, les principales équipes de recherches universitaires se trouvent à Edimbourg, Amsterdam, Fribourg en Brisgau et Reykjavik.

 


Vous êtes en quelque sorte un électron libre dans l'Université... Les expé­riences que vous menez au Laboratoire de Toulouse sont-elles réalisées avec des voyants?

 

À l'occasion oui, mais en général avec n'importe qui. C'est l'idée que je me fais de la parapsychologie. Je me situe dans la lignée de Rémy Chauvin et de tous les grands parapsychologues français depuis le début du siècle : je pense que ces phénomènes sont liés au comportement. De ce fait, ils sont produits par des facultés naturelles de l'être humain et il est possible d'expérimenter avec n'importe qui. Derrière cette hypothèse existe tout le travail de recueil d'infor­mations et d'enquêtes réalisé par la SPR de Londres 1, entre 1882 et 1920.


Que pensez-vous du fait de faire profession de la voyance?

En principe je ne suis pas contre. Mais du principe à la pratique... Un sportif doué devient riche parce qu'il a ces capacités sportives, pourquoi quelqu'un de doué pour la voyance n'en ferait-il pas son métier? Je ne parle ici que des véritables voyants, bien sûr. Mais pour la pratique, il est tout à fait possible de faire le même parallèle qu'avec le sport : lorsque l'athlète accumule les mauvaises performances, il se fait virer ou, pour l'éviter, se dope, triche. Les voyants peuvent se retrouver dans la même situation face à la pression psycho­logique de leurs clients et se débrouiller pour que leur activité soit crédible.

Lorsque j'ai commencé ces recherches, je pensais que la plupart de celles et ceux qui se disaient voyants étaient des escrocs délibérés. Ensuite, j'ai nuancé mon propos, je pense que beaucoup ont vécu des phénomènes de voyance et ils ont décidé d'en faire un métier. Mais la possibilité de tromperie reste importante : le phénomène se produit de manière intermit­tente; aussi comment font-ils pour le provoquer à chaque consultation?

Face à cette situation, la voyante Maud Kristen a été la première à annoncer, en recevant un consultant, qu'elle va d'abord lui parler de son. passé; si elle ne «voit» pas, elle le dit et la personne ne lui doit aucun honoraire. Depuis, d'autres disent faire de même...

Qu'appelez-vous un «vrai. voyant?

Quelqu'un qui est capable de produire des phénomènes de voyance. À ma connaissance, il n'y en a que deux en France qui ont participé à des expériences en laboratoire et chez qui c'est prouvé. Tous les autres sont voyants parce qu'ils se disent voyants. Ils ne cherchent pas à rencontrer les milieux scientifiques mais plutôt les médias qui installent leur image. Les expériences rendues publiques dans des magazines ou des émissions télévisées n'authentifient en rien leur don. Elles ne tiennent pas la route méthodologiquement et ne servent qu'à entretenir leur activité commerciale.

 

Considérez-vous qu'un «vrai» voyant peut mener son activité en se servant d'un support comme les cartes?

Les supports, les mancies i, c'est connu depuis longtemps, peuvent favoriser le phénomène. Le voyant prédit l'avenir, doit pouvoir parler du passé et du présent. Il peut ou non utiliser un support et s'il est capable d'avoir des perceptions extra-sensorielles, dans les deux cas, on peut parler de voyance.


Pour obtenir ces informations, s'il a besoin d'un adjuvant, c'est secondaire; ce qui compte, ce sont les informations.

D'ailleurs, certains voyants inventent leur propre support; attention toutefois, leur existence et leur utilisation ne sont pas une preuve de l'authen­ticité du don. Ce n'est pas parce que quelqu'un utilise les cartes qu'il est voyant.

En regardant dans les rayons des librairies, on peut penser qu'il est possible d'apprendre à « lire. les cartes au vu des nombreux ouvrages existant sur ce thème. De même, certains stages ou enseignements proposent de dévelop­per les facultés paranormales de l'homme. Peut-on enseigner la voyance?

Absolument pas. Pour enseigner la voyance ou toute faculté psychique, il faudrait d'abord savoir comment elle fonctionne. De manière générale, il ne peut y avoir d'enseignement de parapsychologie et encore moins de diplôme de parapsychologue! Au mieux, ce que l'on peut faire, c'est former des chercheurs scientifiques et eux seuls peuvent être appelés ainsi, parapsychologues.

Quelles expériences menez-vous aujourd'hui au Laboratoire de Toulouse?

 

                                    Nous préparons une expérience avec des cartes à jouer ordinaires, un peu              comme une réussite et accessible à tous par Internet. En arrivant sur notre site, les internautes pourront se tester et nous, nous pourrons faire des statistiques, des comparaisons nous permettant de mettre à jour des informations.

 

Dernière question : avez-vous déjà consulté un voyant?

 

Non, jamais! Pour des raisons scientifiques, on ne peut être à la fois juge et partie. Je suis arrivé à la parapsychologie par l'intérêt que je portais à la litté­rature et au cinéma fantastiques. 11 est nécessaire d'être indépendant et extérieur à l'expérience. Quelquefois, par curiosité, j'aimerais bien, mais j'ai des principes. Je le répète : la science, c'est ma religion... Et je respecte ses commandements.

 

 

 

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Entretien avec Henri L.

« Avec la voyance, j'ai découvert le monde des symboles »

Henri, à quel moment de votre vie se situe votre première rencontre avec la voyance ?

J'ai eu mes premiers flashes à l'âge de onze ans. lis ne concernaient que ma famille, ma soeur, mon frère, mon père.

À ce moment‑là, je pensais que la voyance, c'était un peu comme le Père Noël, qu'il ne fallait surtout pas en parier :

à la maison, chaque fois que je « disais des choses », on me répondait: « Tais‑toi. »

J'étais donc persuadé que tout le monde était comme moi, que chacun pouvait entrer dans la vie des autres, mais

qu'à ce sujet, le silence devait être de rigueur !

La première fois ?

Oh ! oui, je m'en souviens. J'ai vu la Normandie, les falaises d'Étretat... Des images qui concernaient une prochaine mutation professionnelle de ma soeur. En fait, quand je dis « j'ai vu », c'était plutôt un ressenti très fort, avec le mot Étretat inscrit.

Le deuxième flash, par contre, a été terrible : un jour, en embrassant mon père, j'ai senti qu'il allait mourir lorsque j'aurais environ quinze ans. J'ai perçu la maladie, le cancer, l'angoisse, l'envie de vomir Cette vision m'a tellement bouleversé que j'en ai parlé à ma mère. Elle m'a aussitôt donné une paire de claques !

Donc, vous voyez, je n'en parlais guère et, surtout, j'ai compris plus tard que personne dans ma famille ne manifestait de don dans ce domaine.

 

Vous avez grandi dans le silence par rapport à ces phénomènes...

L'adolescence a été difficile puisque pendant six ans, mon père fut très malade. C'est à cette époque que j'ai rencontré une vieille dame avec qui j'ai pu parier de ce que je ressentais. Elle m'a rassuré, m'a expliqué qu'il s'agissait d'un don naturel et qu'il fallait que je laisse faire, simplement.

Mes parents et ma famille étaient athées mais, avec cette personne, nous avons longuement parlé de spiritualité. J'ai alors ressenti le besoin d'épouser une religion et de me faire baptiser. J'ai choisi la religion catholique, qui était la seule présente dans mon environnement.

Lorsqu'au cours d'une promenade je passais devant une église, un sentiment de chaleur, de bien‑être s'emparait aussitôt de moi.

La rencontre d'un prêtre a été déterminante. Je me souviens encore de ses mots ‑ « Tu as un don de Dieu, à toi maintenant de bien t'en servir » Pour moi, cette phrase a résonné comme un appel vers la prêtrise; je me suis réfugié de plus en plus fréquemment dans les églises et je suis devenu enfant de choeur Je suis entré dans la religion catholique parce que je croyais fermement que c'était ma voie, j'étais persuadé que je devais devenir prêtre.

Aujourd'hui pourtant, vous ne portez pas la soutane...

Vers l'âge de seize ou dix‑sept ans, les premiers doutes sont apparus; suite à une retraite, je me suis aperçu que ma voie était ailleurs. Une sorte d'appel venu de l'extérieur, difficile à exprimer en mots. Un appel étrange, comme s'il me fallait rencontrer des gens, leur parier, et effectivement, au fur et à mesure que j'allais vers les autres, des images m'arrivaient les concernant.

Durant cette période, mon père est décédé. Avec le chagrin, les phénomènes se sont amplifiés. Parallèlement, le prêtre que je connaissais est tombé malade et fut remplacé par un autre avec lequel la communication ne passait pas du tout. Je ne savais plus faire la différence entre ce qui était réel et irréel, je n'arrivais plus à me situer. Je me sentais entre deux mondes. Ma mère m'a conduit chez un psychologue, mais la rencontre a été catastrophique; il ne croyait rien de ce que je disais. Je lui ai alors décrit avec détails ce qu'il avait fait la veille et la séance s'est conclue par: « Vous avez un don, je ne peux rien faire pour vous. »

 

Manifestement, le chemin vers la voyance ne s'est pas dessiné facilement.

Vous auriez pu mener une existence autre, avec des prémonitions de temps en temps. Quel a été l'élément

déclencheur ?

La voyance s'est réellement installée à l'âge de dix‑huit ans, mais petit à petit. Jétais assez perturbé par ces

ressentis et si les autres nommaient cela un sixième sens ou de l'intuition, ce n'était pas facile à comprendre

puisque pour moi, c'était naturel.

C'est à cette période que j'ai entendu parier d'une personne qui faisait de la prophétie à Reims. Elle s'appelait Carla.

J'ai su plus tard que c'était la voyante du général de Gaulle. Je suis parti la rencontrer En entrant dans son couloir,

elle m'a dit ressentir une sorte de mal‑être qu'elle m'expliqua tout de suite en ces termes . « Vous faites partie de

mon monde et un jour c'est vous qui prendrez ma place. » Je me suis mis à rire, j'étais simplement venu discuter

avec elle des nombreuses questions que je me posais. Jamais je n'avais envisagé faire profession de la voyance. Elle

avait pourtant raison, j'ai commencé à faire de la prophétie à vingt‑quatre ans.

Aujourd'hui, vous êtes installé comme professionnel, comment vous définissez‑vous ?

Si vous me demandiez quelle est ma profession, je répondrais : je suis médecin de l'âme. Oui, ni psychiatre, ni

psychothérapeute, ni psychologue, mais médecin de l'âme. Je me considère maintenant ainsi. J'ai longtemps

cherché cette formule qui pourrait me définir. Jéclaire les âmes. J'aide.

Même si les consultants ne sont pas forcément contents d'entendre ce qui est dit. Chacune des personnes que l'on

rencontre n'est jamais le fait du hasard, elles m'apportent quelque chose, je leur apporte quelque chose.

C'est un échange perpétuel.

Personnellement, que vous apporte la voyance?

Avec la voyance, j'ai découvert le monde des symboles. Car la voyance passe à travers les symboles. Au fil du

temps, j'ai pu les traduire, mettre au point un langage. Ces symboles me sont personnels, je les interprète selon mon

propre code. Bien que familiers, ils peuvent se manifester différemment dans l'espace : l'image apparaît en bas de la

pièce ou au plafond, de manière proche ou lointaine, immense ou minuscule, etc. Je pourrais dire qu'elle semble

flotter dans l'air, elle est très floue puis, d'un coup, je rentre dans l'image et les détails se révèlent. Pour les

personnes décédées, j'use d'un autre langage, que j'ai découvert bien plus tard.

 

Vous croyez donc à une vie après la mort et à la possibilité de communiquer avec les personnes décédées ?

Absolument, j'en suis entièrement convaincu. J'ai accompagné des personnes en fin de vie et après leur mort, j'ai eu la confirmation d'une après‑vie. Au moment du décès d'une amie très proche, j'ai eu un flash, l'image d'une immense prairie sous une lumière vive, intense. Un mois plus tard, au moment d'ouvrir la porte pour recevoir une cliente, j'ai vu la présence de cette amie. Elle m'a dit : « Je suis heureuse, mais je ne veux pas que mon mari reste seul. Tu peux y aller, ta cliente t'attend. , Bien entendu, j'ai d'abord eu peur et, si j'ai commencé la voyance à vingt‑quatre ans, je me suis aperçu qu'il existait un autre univers à l'âge de mes premiers contacts médiumniques avec l'au‑delà, vers trente‑quatre ans. En 1989, j'ai rencontré mon guide, j'ai vu une sorte d'ombre. Lui ou d'autres interviennent parfois, rarement il est vrai, en m'obligeant à dire certaines choses que je préférerais taire.

Quand ce type de manifestation a lieu, je parle de c mes petits lutins ». Je n'aime pas le terme de guides spirituels; je me sens oecuménique, je peux entrer dans une église, un temple, une synagogue avec le même état d'esprit. Dans ces lieux apparemment différents mais tous dédiés à la prière, je ressens des vibrations identiques.

Dans le langage populaire, la voyance est un don. Un don se monnaye‑t‑il ?

Nous sommes tous voyants, mais nous avons mis un voile sur cette faculté. Certains ont la capacité de prendre ce voile, de le relever. Tout comme l'artiste, le musicien, qui a le don de jouer pour les autres. Un ami peintre m'a dit: « Je vends des toiles et pourtant on peut considérer que la peinture est un don. ‑ Pour la voyance, c'est la même chose.

Il est vrai que la notion d'argent n'est pas toujours bien comprise, mais nous sommes obligés de nous déclarer, donc de payer des charges. Pendant un entretien, si je ne vois pas pour quelqu'un, je lui dis : e Je ne suis pas un bon voyant pour vous. » Il se peut aussi que la personne soit face à son destin et qu'elle n'ait pas le droit de recevoir de l'aide; c'est une épreuve karmique. Dans tous ces cas, la consultation s'arrête là.

Par contre, je ne fais plus de consultations gratuites, Je l'ai fait pendant longtemps, mais ce n'est pas une bonne formule : les personnes se sentent redevables et n'osent plus revenir.

 

En France, une personne sur cinq consulterait. D'après vous qu'est‑ce qui pousse à rencontrer un voyant ?

Oui, les gens consultent énormément, ils ont besoin de savoir. Lorsque j'ai débuté dans la prophétie, c'était surtout des femmes qui consultaient; aujourd'hui, il y a autant d'hommes mais leur demande n'est pas la même. Les hommes viennent chercher un conseil, les femmes un réconfort. L'homme demande s'il est dans la bonne voie en choisissant ce nouveau travail, ce nouveau poste, il interroge à propos de sa santé avec une peur de la mort sous-jacente; la femme cherche soutien et appui, le plus souvent en rapport avec sa vie sentimentale et pour ses enfants.

Puis, la notion de temps n'existe pas en voyance. La vie est comme une partition de musique : il y a des pauses, nécessaires. Le plus difficile pour les consultants est le moment où ils traversent ces périodes de pause. Je vois le bout du chemin mais, eux, sont dans un cycle d'attente. C'est également pour cette raison que je n'aime pas recevoir trop souvent la même personne; une fois par an, il me semble que cela suffit.

Mon domaine de prédilection est celui des affaires. Je me suis beaucoup intéressé aux personnes disparues, mais je me suis rendu compte que si je retrouvais facilement un objet, les personnes ce n'était pas mon domaine.

Il est aussi certains cas où je n'aime pas devoir faire de la prophétie : par exemple, lorsqu'on me consulte pour un problème de coeur avec trois amants, ou pour faire de la voyance pour le chien_

Vous parlez de pauses, de bout du chemin... Pensez‑vous que le futur soit déterminé ?

Chacun est maître de ses choix. Je ne crois pas au hasard, Si quelqu'un vient me voir, le plus souvent il est dans une impasse, il ne sait pas quel chemin suivre. Mon travail est de me promener à l'intérieur de l'être humain, je suis là pour mettre des lanternes, éclairer, que ce soit agréable à entendre ou difficile. Lorsque la personne quitte le cabinet, elle est face à son libre arbitre et peut ou non utiliser ce qui a été dit.

Être en état de voyance toute la journée nécessite‑t‑il pour vous une préparation particulière ?

Je ne suis pas voyant vingt‑quatre heures sur vingt‑quatre! Maintenant, je maîtrise la pratique; la voyance peut se canaliser, être présente à volonté, comme un artiste lorsqu'il se met en état de création. Je consulte à Paris, Lyon et Nantes, mais je ne reçois que quatre à cinq personnes par jour.

 

Avant les entretiens, je me conditionne pour la journée. Je me mets en méditation et je fais le vide en moi. Je demande aux forces supérieures qu'elles m'aident à éclairer les gens et à trouver les mots justes. Ces jourslà, je ne mange pas, ou très peu, c'est important pour ma pratique. Je ne reçois qu'une personne à la fois, sauf pour les couples qui le désirent.

Dès la salle d'attente, lorsque l'on se dit bonjour, il se passe quelque chose. Je vois le signe du zodiaque de la

personne ou la raison malheureure pour laquelle elle vient. Si le consultant est anxieux, trop tendu, il faut d'abord le

mettre à l'aise. La personne s'assoit, je la regarde et je lui parle tout de suite de son passé, de son métier ou du

premier flash qui arrive. Mais, j'ai besoin que le consultant soit là, de voir son aura.

Je bois beaucoup d'eau et je me lave les mains entre chaque entretien. L'eau froide me fait oublier ce qui vient de se dire. Après les consultations, les volets sont « fermés ». Je termine ma journée en me lavant les mains et en disant : « Seigneur, j'ai bien travaillé, je vous en supplie laissez‑moi tranquille, j'ai besoin de repos. »

Le voyant n'est pas infaillible. Quelle est à votre avis la source d'erreur ?

Il existe deux points délicats qui peuvent amener à se tromper: la télépathie et l'interprétation des symboles. Quelquefois, une personne arrive avec un désir très fort dans un domaine et ce souhait, je le perçois aussitôt. Cela me demande beaucoup de vigilance pour « filtrer » les informations, d'où la nécessité, dont je parlais tout à l'heure, de faire le vide. J'ai aussi une apparence un peu froide, qui sert à me préserver.

 

Pour l'interprétation, je pourrais faire une analogie avec un groupe de personnes qui regarde le même tableau.

Certaines vont voir la globalité de la toile, d'autres seulement le premier plan ou le second; si elles le décrivent les commentaires risquent d'être différents. Quand un symbole apparaît, il est parfois un peu complexe de trouver le langage qui s'y adapte, de mettre en mots ce que je vois.

Certains jours aussi, je ne peux pas consulter : je dis alors que j'ai une panne de voyance et que, comme l'EDF, ça ne prévient pas.

Vous sentez‑vous dans un monde à part ?

Sur cette terre, nous avons tous une mission, comme l'avocat, le médecin, etc. Je me sens un peu isolé par moments, parce que je ne partage pas facilement ce que je ressens. La voyance, c'est quelque part une grâce mais, parallèlement, j'ai eu énormément d'épreuves dans ma vie personnelle ; je crois que l'on grandit à travers la souffrance.

 

Lors de mes jours de repos, je me ressource avec la musique ‑je joue du violoncelle ‑, avec le chant, la marche, la natation aussi. C'est réellement une nécessité. Et, j'ai également une autre passion : je suis graphologue.

Imaginez‑vous arrêter un jour d'être voyant ?

Non je ne pense pas. Je n'arrêterai jamais tant que j'aurai de la voyance. Je me pose souvent des questions, je suis exigeant dans ce que je fais. Si parfois je doute, c'est toujours dans ces moments qu'il arrive un afflux d'images et même des super voyances !

 

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VOYANTES ET VOYANTS, LEUR PRATIQUE

 

 « Si tu prêtes l'oreille, même les pierres parleront. »

 

 Si les voyants « voient » - ce qui semble une évidence au sens littéral du mot -, les autres, les « non-voyants », les voient ou plutôt les imaginent. Dans une conversation à propos d'un

 médium, l'imaginaire peut s'envoler aussi rapidement qu'un ballon gonflé à l'hélium. Il est donc temps de répondre à une question récurrente : à quoi reconnaît-on un voyant ? La

 réponse est simple : au premier abord, à rien. Aucun signe distinctif sur sa personne, pas de diplôme universitaire encadré derrière son bureau, un simple quidam que vous  pouvez croiser tous les jours chez le boulanger sans que son attitude n'éveille le moindre soupçon.

 

Il peut être jeune, vieux, brun, blond, grand ou petit... Le voyant est un homme ou une femme comme les autres. Regard perçant et yeux en boules de billard prêts pour un numéro d'hypnose sont à laisser dormir aux rayons films fantastiques et livres pour enfants.

 

Simple mortel, le clairvoyant mène une vie ordinaire, avec des hauts et des bas, des interrogations professionnelles ou familiales, une vie amoureuse; il connaît comme chacun les petits soucis très concrets du quotidien. À la quasi unanimité, ils expliquent ne pas avoir accès à leur propre avenir mais connaissent parfois, comme tous, des intuitions. Et soyez-en convaincu, celles-ci se révéleront, encore une fois comme pour nous tous, vraies ou fausses... « je manque d'objectivité! », s'exclame Madame L, voyante dans une petite ville. « Il est difficile d'avoir du recul par rapport à sa propre vie et généralement, je n'arrive à rien pour moi. Quelquefois j'utilise les cartes en pensant qu'elles serviront de "filtre" à mes désirs profonds, mais elles reflètent toujours ce dont j'ai envie et non la réalité. je le constate après coup... J'ai des flashes pour les autres, parfois pour mes enfants, mais pour moi... rien ! »

 

Cette cécité par rapport au déroulement de leur vie, je l'ai retrouvée chez « mes professionnels », Annabelle A., Estelle V., Gerald A... Henri L. avouera même qu'il aimerait bien savoir, lui aussi, quelquefois... Alors, consultent-ils pour eux-mêmes les voyants et, si oui, qui? À la majorité, ils répondent ne pas se connaître entre eux (!), ne pas fréquenter du tout ce milieu, et les rares qui avouent consulter nomment une personne de leur famille qui fait les cartes occasionnellement.

 

Débit de l'eau, débit de mots

 

Est-il besoin de le rappeler ici: ce livre ne décrit seulement que les clairvoyant(e)s que j'ai croisé;(e)s. Nulle généralisation n'est donc possible. « Quoique ... », ajouterait peut-être l'homme de scène Raymond Devos. Si je pense aux différentes rencontres de ces derniers mois, une évidence s'impose à propos des voyants: nul doute, la parole leur est donnée! Rien de plus périlleux lorsque vous posez une question à un voyant que d'arriver à en « placer » une seconde. Ils parlent... Beaucoup.

 

Pour qui ne s'est jamais retrouvé dans un tel tête-à-tête professionnel, difficile d'imaginer l'empressement des mots et des phrases à jaillir de leur bouche et à s'enchamer les uns aux autres. Au fil des entrevues, cette constance d'une parole vive me rappellera l'agilité du fleuve libéré des vannes d'un barrage. Retenue, maintenue, sous pression, l'eau jaillit, s'écoule, d'un débit ininterrompu. «Je ne suis pas là pour écouter, je suis là pour parler », affirmait le voyant lyonnais Boris D., au cours d'une émission de télévision.

 

 

Patrick B est médecin. Dans les années 19 70, avec d'autres passionnés de parapsychologie, il crée une association, « La Connaissance parallèle ». Les objectifs du petit groupe? Aller à la rencontre de médiums, de guérisseurs, de toute personne disant vivre des phénomènes parapsychologiques et collecter des témoignages, tenter de les étudier. Lui-même et ses

comparses - psychologue, professeur de philosophie, ingénieur en électronique, enseignants - défendent un même principe : ils constatent des phénomènes non explicables et non maîtrisables, mais considèrent pour autant que ceux-là ne relèvent pas simplement de l'imagination, à l'encontre de ce que notre siècle de la matière tente d'affirmer. Aujourd'hui, les années 1970 frisent la trentaine bien sonnée et l'association est tombée dans l'oubli, chacun des protagonistes déménageant à tour de bras. Cependant Patrick B s'intéresse toujours à la parapsychologie; il commente cette faconde intarissable des voyants: « Ce débit verbal particulier signe un besoin de reconnaissance. Les voyants sont en quelque sorte "exclus" par la société : on les consulte en cachette et si on en parle, c'est souvent en termes péjoratifs.

Quant à la communauté scientifique, elle rejette les phénomènes médiumniques. Ils font donc partie des minorités. La logorrhée verbale, dans les minorités, témoigne d'une frustration profonde. Pour peu que la possibilité de s'exprimer soit offerte, il faut vite s'en saisir, le temps est compté. »

Dans ces rencontres avec de nombreux médiums, le docteur se souvient aussi avoir noté des caractéristiques communes: « La plupart du temps, les médiums sont anxieux et instables. Pas une anxiété d'anticipation mais une anxiété irraisonnée. » Il s'explique : « je ne suis pas voyant; si j'ai une idée négative à propos d'un événement à venir, je peux me raisonner, me dire que je me trompe et que tout va bien se passer. Le médium, lui, est censé prévoir le futur; donc, si jamais il a une vision négative d'un fait, il va tout de suite penser que celui-ci va se réaliser en ce sens, puisque d'ordinaire, il peut prévoir l'avenir. Il n'aura pas ce réflexe de recul

que la majorité des gens ont. Cet amalgame entre, d'un côté la projection de sa "peur" et, de l'autre, la réalité, peut justifier l'anxiété fondamentale du voyant. Attention toutefois, si l'angoisse est souvent leur mode existentiel, bien utilisée elle est également salvatrice. »

 

Le caractère instable du médium serait révélé par une nécessité de repères, de cadres précis dans sa vie et dans son environnement immédiat. La perte de l'un d'eux, comme le décès du conjoint ou une rupture, pourrait déstabiliser son quotidien, le conduisant à tous les excès, parfois jusqu'à la perte du don. « Le médium a développé une sensibilité exacerbée, démultipliée par rapport à la majorité des êtres humains. Il en récolte les deux extrêmes », conclut-il.

 

Cette personnalité, d'une sensibilité à fleur de peau, n'empêche en rien un tempérament extraverti comme le signale Rémy Chauvin' dans un ouvrage sur la parapsychologie2: « Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, la personnalité pSi3 n'est ni déséquilibrée ni déchirée par les conflits, tout au contraire. Elle est nettement extravertie : c'est l'une des données les plus constantes des recherches parapsychologiques. » Yves Lignon écrira ainsi, à propos de la voyante toulousaine Bèrangère G. : « Comme tous les grands sujets, Bèrangère G. est de tempérament altruiste et extraverti. »

 

Au fil de l'enquête, je n'ai pas cherché à noter ces caractéristiques particulières de la personnalité des clairvoyants et, surtout, je ne les ai pas côtoyés suffisamment longtemps pour me permettre une quelconque distribution de caractère et de tempérament. J'ai rencontré des hommes, des femmes et, le temps d'une interview, nous avons conversé. Certains m'ont semblé bons vivants, sereins, d'autres plus tourmentés ou un peu anxieux, effectivement rarement introvertis, comme Jean Philippe H.: « je me ressource avec mon quotidien. je suis Professeur honoraire à La Sorbonne, éthologue.

 

S, Psi : clairvoyance, télépathie, précognition sont englobées dans la dénomination « perception extrasensorielle » (EPS), appelée également faculté, effet ou fonction psi.

 

Epicurien, j’aime recevoir mes amis, je m'intéresse au vin, à l'Égypte, je vis pleinement! »

 

Éthique et rôle

 

« Les seuls repères sont ceux du cœur », affirme Emmanuel, voyant et magnétiseur non professionnel. Dans un métier où le paranormal côtoie le quotidien, Alexandre T., jeune

voyant lyonnais, atteste la nécessité des « mil 1

 

 « Le voyant est tenu au secret professionnel et aux règles de confidentialité. Le voyant s'interdit de juger ses consultants [ ... ]. Le voyant ne doit absolument pas influencer le libre arbitre de ses consultants et ne doit effectuer aucune pression pour orienter ce dernier dans une voie plutôt qu'une autre. »

 

La quasi-totalité de mes « interviewés » certifient ainsi leur profession et l'avoir choisie pour aider les autres. L'amour du prochain semble être la clé de voûte de l'exercice de la voyance. Bèrangère G. : « C'est un service, une mission. » Estelle V. : « Il faut être honnête et droit, j'aide les gens à passer des étapes souvent très dures. » Annabelle A. : « J'ai voulu aider de la façon la plus large possible. [ ... ] J'ai appris la compassion.» Certains se désignent comme médecin de l'âme: « C'est le plus beau compliment qu'une consultante ait pu me faire », dira Louis A. « J'éclaire les âmes, j'aide », ajoute Henri L.

 

Munce . « Nous ne sommes rien, nous les voyants, seulement des chiens qui aboient au loin pour avertir du danger et quelquefois, nous aboyons pour rien. » Plus radicale, Maud J. tient un discours « explosif » que nous découvrirons plus loin : « Vouloir aider l'autre, c'est une démarche de missionnaire. [ ... ] Mes capacités psychiques ne servent qu'à une chose: donner des informations. »

 

Un léger saut dans l'histoire semble ici s'imposer. Le voyant d'aujourd'hui n'a rien de commun avec celui qui officiait au xxe siècle ou au début du xxe. Dans un ouvrage fort documenté, Bertrand Méheust, docteur en sociologie et professeur de philosophie, raconte et analyse l'histoire du somnambulisme et de la médiumnité depuis le marquis de Puységur. Ce colonel d'artillerie et grand seigneur terrien occupait ses loisirs à soulager les gens en les magnétisant. Le 4 mai 1784, il est conduit au chevet d'un jeune paysan malade. Le marquis le magnétise avec des «passes», suivant ses procédés habituels; pourtant rien ne se déroule comme prévu: le jeune homme est pris d'une sorte de sommeil profond mais, bien que dans cet état de repos apparent et de calme, il décrit le déroulement à venir de sa maladie, s'exprime dans un langage où son patois n'existe plus, et semble capter les pensées du marquis. Il se met, par exemple, à chanter l'air que ce dernier a dans la tête et réagit à ses désirs et à ses pensées.

 

Puységur, fasciné mais opiniâtre, n'a de cesse d'étudier son sujet. De ses observations et de ses expériences avec d'autres patients, il publie un mémoire dans lequel il nomme cet état particulier « somnambulisme magnétique » ou « artificiel », en opposition au somnambulisme naturel connu, lui, depuis lAntiquité.

 

Le phénomène des somnambules magnétiques se propage dans toute la France en moins de deux ans et, ajoute Bernard M., « bientôt il gagnera toute l'Europe, puis le Nouveau Monde, déclenchant partout les passions, suscitant du fait de ses implications, haine ou adhésion, espoirs ou répulsions; engendrant ainsi dans la culture un tumulte, un conflit qui va traverser tout le xixe siècle ».

 

À partir de 1840, les somnambules magnétiques se produisent souvent et moyennant finances, en séances publiques ou à domicile pour une soirée. La distinction essentielle avec nos voyants d'aujourd'hui tient dans l'utilisation même de leurs capacités de voyance. Pas question, au siècle des sciences psychiques, du spiritisme et de l'apogée du magnétisme, de discourir un seul instant sur la personnalité intime du consultant, ni sur ses états d'âme face à certaines situations de sa vie. Si voyance il y a, elle doit uniquement servir à étayer des recherches concrètes et prouver au cours de ces démonstrations publiques, parfois sous le regard de médecins et de chercheurs, que les allégations du clairvoyant sont bien réelles.

Une séance avec Alexandre D., somnambule magnétique réputé, est relatée dans un courrier d'Alex Dupond au directeur de La Presse en 184 71. Il y raconte comment le jeune

Alexandre, endormi par son protecteur-magnétiseur Jeannot N., put « lire à distance » et avec succès, un paragraphe dans un livre choisi au hasard dans une bibliothèque. La page

étant, elle aussi, choisie de façon arbitraire. « Ce sera un peu difficile, commente le jeune homme déjà en sommeil magnétique, le caractère est bien fin. N'importe, je vais essayer. » Au

cours de la même séance, Alexandre D. devinera plusieurs mots fermés dans une double enveloppe, diagnostiquera la fièvre typhoïde sur un malade et décrira parfaitement un objet rangé à l'intérieur d'une boîte dans une chambre attenante. Dans une seconde lettre, il reparle de ce Mozart de la voyance:

« Alors, dites-moi d'où me vient cette petite médaille.

Madame L-P tira de sa poitrine une petite médaille suspendue à une chaîne d'or. Alexandre l'appuya contre son front.

- Cette médaille est bénie, dit-il.

- Oui.

- Elle vous a été donnée en 1844.

- Oui.

- Au mois d'août.

- En effet, je m'appelle Louise, et elle m'a été donnée le jour

 de ma fête. Mais par qui m'a-t-elle été donnée P

- Elle vous a été donnée à quatre heures du soir.

- Par qui ?

- Par un monsieur vêtu de noir. Dîtes lui son nom tout bas et je vous le dirai.

 

Nous allâmes à l'embrasure d'une fenêtre. - Charles, me dit Madame L-R - Allons, je sais le nom, dites-le, Alexandre.

 

Alexis prit un crayon et écrivit le mot: Charles. »

 

Etat de voyance aujourd'hui

 

L'horizon s'ouvre maintenant sur le point le plus délicat pendant ces entretiens avec les professionnels : les modes de voyance. Pour beaucoup, nous abordons ici l'indescriptible.

Difficile de mettre en mots ce qui est perçu, de codifier l'incodifiable.

Tous les clairvoyants rencontrés s'accordent à réfuter un quelconque phénomène de transe ou d'état second, même si certains avouent, du bout des lèvres, se sentir parfois  « ailleurs ». Nul besoin aujourd'hui de magnétiseur pour entrer en voyance. Le clairvoyant officie seul dans son cabinet.

Estelle V. affirme se sentir « très bien » malgré quelques moments où une sensation de froid la traverse, et Jean Philippe H. a constaté des baisses de température de son corps alors qu'il se pensait fiévreux.

Pendant la consultation, le voyant voit. Des images, des symboles, des chiffres, etc. D'autres entendent (clair audience) des prénoms, des mots, des phrases; sentent un parfum, une  odeur ; ressentent dans leur corps, une sensation, une saison, le chaud, le froid... Une gamme d'expressions abondante et diversifiée avec la « double » vue pour trait commun.

 

Une impression s'exprime souvent dès le premier contact avec le consultant. Comme un échange d'informations intense mais non verbal. Annabelle A. : « Dès l'entrée, je sais. Avant que la personne ne s'installe, je commence à lui donner quelques informations. »

 

Henri L : « En disant bonjour dans la salle d'attente, la préoccupation principale de mon consultant m'apparaît immédiatement, ce peut être aussi son signe astrologique ou tout autre détail. »

 

Quand le voyant tente de décrire sa perception, il explique généralement « voir avec ses yeux » ces images ou ces symboles sous forme de clichés instantanés, de « flashes ». Une vision qui s'opérerait sur un mode différent de celui que nous connaissons. Pourtant, Annabelle A. est catégorique: « Au début de ma pratique, ma vue baissait; la voyance est un phénomène physiologique, elle passe vraiment par le nerf optique. » Malgré la fugacité des visions, celles-ci s'enchaînent les unes aux autres. Dans ce diaporama animé, les images peuvent être lumineuses, colorées, en noir et blanc, d'une netteté absolue, légèrement floues, grandes ou petites.

Si j'ai fait le choix de rencontrer uniquement des clairvoyants, je dois bien admettre que certains utilisent, de temps à autre, un support. Pour Louis A. comme pour Annabelle A., il s'agit d'un jeu de cartes qu'ils ont eux-mêmes créé à partir de leurs symboles de voyance. Son usage permet de confirmer le flash et de le traduire plus aisément en mots.

Aider le consultant à se détacher de ses propres pensées est une autre de ses utilisations. En effet, si la personne est trop tendue ou si elle est porteuse d'un désir important pour le déroulement à venir d'un épisode de sa vie, l'interprétation du voyant sera faussée.

Plus insolite, Bérangère a confectionné un support bien à elle, où le consultant ne verra rien... Il est composé de deux livres choisis au hasard, d'un linge brodé qui lui vient de sa mère, d'une bougie et d'eau. « Les quatre éléments sont réunis, commente-t-elle, l'eau, le feu, la terre et l'air. » C'est sur le linge brodé qu'apparaissent ses images.

 

Et après ?

 

Après le départ de son client, le voyant procède parfois à un court rituel, une manière de refaire le lien avec le présent et de gommer toute trace des émotions exprimées par le consultant. Jean Philippe prend ainsi soin de se laver les mains entre chaque rendez-vous : « Quand vous êtes une éponge, vous vous imbibez de l'autre! » Même règle pour Michel R: « je me lave les mains avant et après chaque consultation; j'ouvre le robinet à grande eau et la laisse couler depuis mes avant-bras jusqu'au bout des doigts, longtemps. » Quant à Martine B, elle prend des douches très chaudes plusieurs fois par jour. Un regard sur Le Dictionnaire des symboles' rappelle: « L'eau efface l'histoire, car elle rétablit l'être dans un état nouveau. »

 

En dehors des « heures de travail », des flashes viennent parfois télescoper le quotidien. Louis A.: « je vis avec la voyance même si elle entre dans ma vie dans des moments inattendus. je peux très bien me promener dans la rue et avoir une vision sur quelqu'un; mais je n'irai pas l'aborder, par respect. » Ou encore Bérangère D. : « je rentrais de faire des courses, j'ai senti une forte odeur de brûlé dans la maison. Ma fille, elle, ne sentait rien. Le soir, je me couche et l'odeur persistait, les draps, les oreillers, tout sentait le brûlé. Le lendemain matin, je reçus un coup de téléphone de mon mari qui travaillait sur une plate-forme pétrolière. Il m'informait qu'il avait été évacué de son hôtel la veille au soir car tout était en feu. » Gerald A. raconte également comment, au restaurant, il s'installe face au mur et entre des amis, pour ne pas « sentir » les clients de la salle.

 

Ces voyances sauvages seraient assez régulières bien que certains voyants semblent pouvoir canaliser leurs capacités selon des horaires qui leur conviennent.

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Entretien avec Annabelle A.

« La voyance n'est pas un métier, mais une façon de vivre ».

Une simple question pour commencer cet entretien : comment êtes vous entrée dans le monde de la voyance ?

S'il fallait résumer en quelques mots, je dirais toujours par des chocs. La première fois, ce fut à l'adolescence, après une importante crise familiale chez mes parents, qui provoqua en moi un choc émotionnel important. J'ai alors fait une sorte de crise de nerfs. Je me suis évanouie. En me réveillant,

j'ai ressenti comme une vision globale de l'évolution de la situation, je savais ce qui allait réellement advenir.

Ce fut ensuite une série de perceptions, mais je ne les interprétais pas alors comme étant de la voyance, Pour vous donner un exemple, lorsque je rencontrais quelqu'un, je ressentais sa vibration, je percevais avec précision qui était cette personne dans le fond de son être. Je savais également ce qu'elle pensait de moi, j'avais l'impression de lire ses pensées.

Comment ces ressentis dont vous parlez, se sont‑ils accentués avec les années ?

Il y a eu une évolution très claire. Je me suis mariée et j'ai eu deux enfants.

Lors de la naissance de ma seconde fille, un deuxième choc : je suis morte cliniquement. J'ai fait ce que l'on appelle une sortie du corps, une NDE'.

Cet épisode est encore très net, vivant, dans ma mémoire : la douleur aiguë, les cris de mon mari, mon enfant en souffrance... Ensuite, je perds conscience. Plus tard ‑ je ne saurais situer ce moment dans le temps ‑ je suis à nouveau consciente mais tout mon environnement est gris et légèrement flou. Je vois la salle d'accouchement, en fait je la regarde, je n'ai plus aucune douleur, une sensation d'apesanteur m'envahit. Parallèlement, j'entends toujours la voix affolée de mon mari. Je le répète, je suis pleinement consciente mais je vis la situation de manière extérieure, avec un recul particulier, comme si j'étais quelqu'un d'autre. C'est assez difficile à décrire, à raconter. Il faut l'avoir vécu.

Les personnes qui disent avoir vécu une NDE parlent d'un moment où elles arrivent dans un tunnel. En a t’il été de même pour vous ?

Non, je ne sui . s pas allée jusqu'à cette étape. J'ai le souvenir de voir la pièce avec une perspective différente, comme si j'étais au plafond, et je me posais une question : « Est ce que je pars ou est ce que je reviens ? » Cette interrogation était, bien entendu, liée à un départ physique, à ma propre mort. La pensée qu'il était nécessaire que j'élève mes deux enfants s'est imposée, je suis e revenue », grand bien m'en fasse, Partir, revenir, il y a un blanc entre les deux, un espace inconnu. J'ai réintégré mon corps et les sensations physiques ont réapparu, la douleur aussi.

À mon réveil, je n'ai parlé de ces faits à personne, j'étais troublée. Aujourd'hui, pour moi, il existe l'avant et l'après.

Avant, j'étais assez cartésienne, égo&e; je suis « revenue » différente.

A vous écouter, beaucoup de douleur s'exprime dans ce récit, que s'est il passé dans votre vie suite à cet événement ?

Après cette expérience, j'ai eu beaucoup de mai à vivre. J'avais trente ans, et je n'étais pas bien sur cette terre. C'était difficile avec mon bébé et j'avais des problèmes avec mon mari, il se sentait exclu, ne trouvait plus sa place près de moi. Je m'enfermais parfois pendant des heures, je me suis sentie dans une immense solitude et j'ai fait une dépression nerveuse. J'avais réellement le sentiment d'être incomprise, ma seule soupape était la musique. Les heures s'écoulaient avec Beethoven, pour qui j'ai une passion, et devant le film Orange mécanique de Kubrick, dans lequel se côtoient la magie de la musique et les horreurs insupportables de la vie.

Durant cette même période, les phénomènes de voyance s'accentuèrent J'avais de nombreux ressentis, toujours en rapport à des détails de ma vie quotidienne. Quand des amis devaient venir dîner, je préparais le repas, l'apéritif, je dressais la table puis, vers vingt heures, je commençais à tout débarrasser sachant pertinemment qu'ils auraient un empêchement de dernière minute. Je ne savais l'expliquer. Ces périodes ont également déstabilisé mon couple.

 

Comment vous êtes vous sortie de cette dépression?

Il faut pour cela que je vous parle de deux hommes : mon père et mon oncle, qui a représenté pour moi un père spirituel. Mon père, aujourd'hui décédé, était un patriarche, un homme d'affaires, autoritaire, brillant ‑ mais j'étais son talon d'Achille: la petite dernière d'une famille qui comptait déjà cinq garçons. Une sorte d'amour inconditionnel nous reliait, même si nous communiquions peu. C'était mon dieu. Ses attentes envers moi étaient importantes, je dirais qu'il plaçait la barre très haut! Il était exigeant. Mon vœu a toujours été de le combler, par mes diplômes, par mon mariage. .. J'ai en quelque sorte vécu par procuration pour faire plaisir à ce père. Je me devais de l'honorer et cette nécessité m'a sûrement permis, dans la jeunesse, d'abattre des montagnes. Dans la vie, je ne craignais rien. Je savais que « si je voulais, j'avais », toujours à condition de travailler toutefois. J’étais sûre de moi, forte, je ne doutais pas.

Cette force qu'il m'a donnée, adulte je ne l'ai jamais perdue. Donc malgré toutes les difficultés dans lesquelles je me trouvais, ma force de caractère m'a sauvée. À trente trois ans, j'ai décidé de changer complètement de vie. J'ai quitté mon mari, je suis partie avec mes deux bébés et, malgré d'énormes difficultés financières, j'ai tenu bon. J'ai trouvé du travail et j'ai recommencé à zéro.

 

Vous avez également évoqué votre oncle comme étant une personne déterminante dans votre vie...

Oui. Il connaissait bien Alessandro Jodorowski 1 et m'a proposé d'assister à ses cours de tarot. Étant d'un naturel curieux, j'ai bien entendu accepté. Ces séances n'étaient pas, comme on pourrait le penser, de simples cours de tarot de Marseille ou de divination mais des cours de vie, de réflexion, de symbolique; nous abordions la dimension de la spiritualité. Ce fut une révélation, je découvrais enfin mon univers! Tout ce que cet homme énonçait trouvait écho à l'intérieur de moi, comme une caisse de résonance.

Avant cette rencontre, je pensais simplement que j'avais un peu plus d'instinct que les autres, que j'étais assez psychologue puisque j'avais choisi ce cursus d'études. En assistant aux cours de Jodorowski, je commençais à entrevoir que ce que je nommais hasard ou intuition, était en fait de la voyance. Mes ressentis se faisaient de plus en plus fréquents et de plus en plus importants. Durant cette période, j'ai beaucoup tu aussi. Je dévorais à peu près tous les ouvrages que je trouvais qui parlaient de ces domaines.

‑1 Cinéaste, scénariste de bandes dessinées, tarologue, homme aux milles facettes.

 

C'est donc à cette période, avec les cours de Jodorowski, les différentes lectures, le changement de vie, que vous avez ouvert les portes de votre voyance ?

Oui et non. En fait, c'est encore un choc qui a tout déclenché : j'ai eu un grave accident de voiture, ma tête a traversé le pare-brise. Mais surtout, détail important, dans la collision ma portière s'est ouverte et mon jeu de

tarot est tombé dans la rue. En voyant toutes ces cartes étalées sur le soi, la voie à prendre dans ma vie est devenue évidente. Je me devais de pratiquer la voyance.

Cependant, comme j'ai hérité d'un caractère rationnel, je voulais des preuves. J'ai alors commencé à consulter moi-même des voyants; oui, j'ai un peu fait la course aux voyants! Certains étaient bloqués face à moi et le disaient honnêtement, d'autres me racontaient vraiment n'importe quoi. J'ai alors rencontré une femme médium qui communique avec des guides. Elle « prête » son corps. Elle vous parle normalement comme je le fais maintenant puis, tout à coup, son corps s'affaisse sur la table et on entre dans un autre monde, une autre sphère, C'est elle et, à la fois, ce n'est plus vraiment elle qui est là.

Mon guide m'a parlé à travers cette médium, Il ressentait toutes mes souffrances intérieures, celles que je n'avais jamais révélées, j'avais l'impression d'écouter quelqu'un qui était en moi, qui savait. Il m'a expliqué qui j'étais, le ci pourquoi de mes épreuves passées, et il m'a surtout assuré de ma médiumnité.

J'ai su alors avec certitude ce que je devais faire de ma vie.

 

Pouvez vous en parler, expliquer votre « choix » de devenir médium ?

Mon guide, une entité masculine, m'a relaté mes vies antérieures et m'a expliqué que j'avais fait souffrir quantité de personnes dont l'homme avec qui je vis aujourd'hui. Je l'avais fait assassiner et, lorsque j'ai moi-même quitté cette terre, j'ai réalisé l'horreur de la situation. J'ai choisi de me réincarner pour me racheter par rapport à cet homme en me mariant de nouveau avec lui. Mais réparer avec une personne ne me suffisait pas, j'ai donc demandé à avoir une mission d'aide. C'est un réel serment que j'ai dû  faire car on m'a fait comprendre que je devrais l'assumer jusqu'au bout de ma vie, même si je n'en avais plus envie. Je me suis engagée.

Aujourd'hui, je pratique la voyance et c'est un tel enrichissement que je pourrais parler de bénédiction. J'ai appris tellement! Ne plus juger l'autre, la compassion, la tolérance, l'humilité, la simplicité, le bonheur.. La liste est longue.

Je suis devenue une source, non par rapport aux autres mais par rapport à moi : je me considère intarissable quand il s'agit de donner.

 

Cette vision de votre vie a t’elle contribué à développer une certaine foi ?

Je suis convaincue que je suis une étincelle divine, comme tout le monde d'ailleurs. Nous avons tous, sur terre, un champ d'expériences différent mais nous devons nous exprimer dans cette vie de manière la plus élevée possible.

Je suis ce que je suis mais, sans répit, je me dois de me corriger, de m'adapter. Même si j'ai la religion de ma tradition, je me sens au-delà des religions. Seule compte dans la vie la démarche d'amour. On ne peut bien sûr aimer tout le monde ‑ comme me le rappelle ma fille ‑, mais il existe mille manières d'aimer et la rencontre avec l'autre est toujours une expérience nouvelle dans notre histoire. Par exemple, la personne à qui je dois cet accident de voiture, je ne peux plus lui en vouloir.

 

A votre avis, qu'est ce que la voyance ?

Pour moi, c'est très simple. C'est se mettre dans une vibration différente. Nous sommes tous un champ vibratoire et, quand j'entre en voyance, je fais le vide mental, je baisse ma propre vibration et je me « branche » sur celle de la personne qui consulte. Toute ma conscience glisse alors vers la conscience de l'autre. Faire le vide est le plus délicat à réaliser mais j'ai beaucoup pratiqué l'hypnose et cela m'aide. Quelquefois aussi, les ressentis arrivent sans prévenir, s'imposent. Je sais que c'est de la voyance, je le sens au vide qui suit ces moments. Au début de ma pratique, ma vue baissait car la voyance est un phénomène physiologique, elle passe vraiment par le nerf oculaire. J'ai appris à prendre soin de moi : pour me ressourcer, il faut que je parte régulièrement. Ma terre d'accueil est le Maroc. J’y retrouve mes racines. J'ai également une hygiène de vie rigoureuse, je fais du sport, je surveille mon alimentation, je ne mange jamais de viande mais plutôt des produits complets et des céréales.

Le soir venu, je fais une petite introspection par rapport à ma journée et je médite. Je ne m'endors jamais sans avoir tu quelques pages d'un livre qui traite de spiritualité. J'ai un sommeil difficile, très léger, comme c'est souvent le cas pour les médiums. La nuit, l'âme s'en va, je la suis, pour me connecter, chercher des réponses. La voyance n'est pas un métier, mais une façon de vivre.

 

Vous avez évoqué votre mission et celle de chacun, cela implique t’il une notion de destin personnel pour l'être humain ?

À mon avis, il existe le destin et le libre arbitre. Le choc de la naissance fait que l'on oublie ce que l'on a choisi avant de s'incarner. Un voile recouvre notre mémoire et ce chemin, vous ne le retrouvez pas sur terre, il s'impose à vous. C'est le destin.

 

Ensuite, en fonction de ce que vous devez comprendre et réaliser ici bas, vous devez faire des choix. Vous êtes déjà programmé physiquement, grand ou petit, brun ou blond, et de la même façon, vous êtes également programmé pour une mission. Vous pouvez l'accepter ou la refuser Par exemple, l'homme ou la femme que vous devez rencontrer, aimer: il ou elle est déjà là. Si vous devez retrouver cette personne sur terre, vous pouvez vous enfermer chez vous, la couette sur la tête, elle tombera sur votre balcon! Ensuite, intervient le libre arbitre : qu'allez vous faire avec cette femme ou cet homme parachuté sur votre balcon ? Vivre une relation, lui jeter à peine un regard... Le choix se présente dans ces moments, dans votre manière de mener votre vie face aux opportunités qui se présentent à vous. Dans tous les cas, le résultat de votre vécu est à la hauteur de ce que vous choisissez.

 

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VOYANTES ET VOYANTS, FAMILLE ET ENFANCE

 

« Tu seras voyant mon fils! »

 

Tous nos clairvoyants d'aujourd'hui descendent-ils de lignées dans lesquelles la divination était au menu quotidien d'un ou plusieurs membres de leur famille ? Visiblement, on est rarement voyant de père en fils ou voyante de mère en fille.

Pourtant, il se dévoile fréquemment un grand-père radiesthésiste, une arrière-grand-mère guérisseuse, une mère tireuse de cartes à l'occasion ou un aïeul dont on apprend un jour

qu'il avait des qualités particulières mais n'en faisait pas profession. La plupart du temps, personne d'autre dans la famille, frère ou sœur, n'aura développé de telles capacités dans ces domaines. Alors, existe-t-il des familles de voyants ?

Les témoignages varient: pour certains, la voyance s'affiche plus ou moins clairement dans l'entourage proche ; pour d'autres, aucun signe familial n'est présent. Sans oublier celles et ceux qui découvrent seulement à l'âge mûr que tante Marguerite ou grand-père Albert disaient bien des choses étonnamment vraies.

 

Joëlle, installée à Lille, exerce le métier de voyante depuis 1987. Quinze ans plus tard, elle retrouve une cousine perdue de vue depuis l'enfance suite aux difficiles méandres de sa

vie : « C'était il y a à peine un mois, raconte-t-elle. Cette cousine, qui habite la Martinique, m'a révélé que ma grand- mère maternelle était "sorcière". Je ne l'ai jamais connue, mais apprendre cette information m'a réellement fait du bien. À l'étonnement a succédé le soulagement : j'ai eu l'impression d'avoir enfin une famille, une assise dans la vie. » De la même façon, alors qu'il exerçait depuis près de vingt ans, Michel R apprendra par sa grand-mère, au cours d'une conversation anodine, que son arrière-grand-père était sourcier, et Geneviève B rencontrera une tante qui lui avouera avoir, de temps en temps, des « flashes de voyance » mais se garde bien d'en parler tant elle en est effrayée.

 

C'est uniquement parmi les cartomanciennes que j'ai pu rencontrer des « lignées ». « Nous sommes voyantes de mère en fille, m'explique Colette, tireuse de cartes uniquement pour ses amis. Ma mère m'a transmis son savoir. Depuis mon plus jeune âge, elle me faisait toucher les cartes, jouer avec elles; elle m'expliquait les différentes combinaisons en me conseillant aussi de les laisser me parler. Bien avant d'être capable de reconnaître consciemment un roi d'un valet, les figures et les couleurs me racontaient une histoire, jamais la même. »

 

La faculté de voyance ne tombe pas toujours en sommeil pendant une ou plusieurs générations. Ainsi, au cours des entretiens, Gerald A. évoque comment sa mère, voyante à ses heures, a porté un regard bienveillant sur le développement de ses facultés pendant l'enfance. « Elle était médium, faisait de rêves prémonitoires, tirait les cartes et n'a pas été étonnée lorsqu'elle a constaté les premiers signes de voyance chez moi. Au contraire, elle m'a aidé à m'épanouir. Par contre, si je me trompais dans l'interprétation, elle me le faisait toujours remarquer, gentiment. C'était une bonne école. »

 

Quant à Estelle V., elle cite sa mère comme une femme ayant de « grands dons de magnétisme qui se développent avec l'âge » et également sa grand-mère avec laquelle elle a « partagé son premier flash » à l'âge de six ans.

 

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents voyants ! pourrait s'exclamer Henri L., qui a ressenti

 

des premières visions concernant ses proches vers l'âge de onze ans : « Je suis issu d'une famille athée, et personne n'avait de prédispositions dans ce domaine. Quand je disais des choses, on me répondait toujours: "Tais-toi. " » Au cours de son adolescence, il est un jour bouleversé en percevant inopinément la maladie prochaine de son père. Démuni devant cette souffrance, il en parle à sa mère, qui le gifle en retour...

 

Les dires de l'enfant ne sont pas toujours pris en compte ou, s'ils sont entendus par les parents, ces derniers tentent de faire taire par tous les moyens ces « folles paroles ». « je devais avoir une dizaine d'années, raconte Jean-Philippe H, voyant amateur. Un jour de Noël, au cours du repas de famille, j'ai demandé à mon oncle des nouvelles de son petit garçon François. Mais cet oncle n'avait que deux filles et tous les convives de la tablée se sont vraiment moqués de moi, mon père m'ordonnant de me taire si je n'avais que des bêtises à raconter. Il faut ajouter que bien des années après cet incident, ma tante apprit que son mari menait une double vie depuis des années et qu'il avait un fils, François, avec une autre femme. »

 

Enfance, temps de l'innocence?

 

Quelles vies difficiles. Bien sûr, je n'ai pas rencontré tous les voyants de France et de Navarre, loin s'en faut. je ne vais donc pas généraliser. Tous ne sont pas des héros de Zola Gerald A., par exemple, décrit une enfance heureuse. Tout de même, je ne peux que rester interrogative devant ces nombreux parcours de vie douloureux.

 

Viols, incestes, parents disparus, enfants battus, la liste des événements tragiques vécus par quelques clairvoyants est ahurissante et quasi incroyable. Volontairement, je ne relaterai pas dans ce livre ces histoires de vie tant elles me paraissent intimes, et personnelles à chacun. Même si certains voyants en parlent aujourd'hui ouvertement sur la place publique, ce choix leur appartient et j'ai décidé de ne pas en faire l'écho dans ces pages.

 

Le développement de ces facultés particulières se révèle-t-il sous condition d'épreuves, comme certains voyants semblent en être persuadés? Au cours de ces entretiens, le mot « choc » sera régulièrement employé pour déterminer la période de l'apparition des premières voyances.

 

Le décès d'un parent ou d'un proche, un accident, une maladie, participent aux bouleversements de la vie du futur médium et engendreraient le développement d'une faculté inattendue. Suite au choc physique et/ou psychologique, la voyance aurait trouvé place et, si l'enfance continue cahin-caha, rien n'est plus jamais comme avant. Et nombreux sont les clairvoyants qui se définissent comme ayant été des enfants émotifs, hypersensibles, en marge de leurs congénères dans la cour d'école, incompris par leur famille. Le jour où l'enfant comprend qu'il est « différent », il épouse la norme en pratiquant une forme d'autocensure de ses visions inexplicables.

 

Henri L. explique combien ces phénomènes lui semblaient tout à fait naturels : « je croyais que tout le monde était comme moi, mais qu'il était interdit d'en parler, un peu comme pour le Père Noël. » À l'inverse, l'enfance de Joëlle est émaillée par la crainte : « Avec mes frères, on jouait au Pouilleux en rentrant de l'école et je voyais des choses. je n'en parlais à personne, j'avais peur des réactions, mais je savais qu'il existait une autre dimension derrière les cartes. je disais simplement: "Ce soir, ça va encore crier à la maison." »

 

L'ébranlement peut aussi survenir à l'âge adulte. Le voyant Yves F., né en 1872, eut une première vision à l'âge de trente-neuf ans et il révéla pleinement ses capacités de voyance huit ans plus tard, au terme d'un grand désespoir après le décès de son fils unique dans un accident d'avion. Si le voyant Belline raconte une enfance heureuse et jouit ensuite d'une forte notoriété - il était qualifié par la presse de « grand visionnaire » -, la disparition accidentelle d'un fils unique chéri l'afflige au sommet de sa carrière, en 1969 : « C'est l'avenir effacé d'un seul trait, le malheur qui vous

 

transforme en un homme mille fois vieilli [ ... 1. Pendant des mois, j'ai vécu enfermé dans ma souffrance, refusant d'accepter l'inacceptable. Puis, une lueur est venue éclairer ma nuit. »I Dans cette épreuve, il comprend que « sa mission de voyant n'est pas terminée », il développe un phénomène de clair-audience, parle d'une « Troisième oreille » et oeuvrera toute sa vie durant à tenter de secourir les autres de la misère morale : « Ce phénomène que l'on nomme voyance n'est finalement rien d'autre qu'un élan, une tentative - parfois désespérée - pour tirer hors de l'eau celui qui se noie. »

 

Fais-moi un signe

 

De l'autocensure à la prédestination, il y a souvent une ou des rencontres décisives. Pendant l'adolescence, les signes annonciateurs, comme les rêves prémonitoires, semblent se multiplier. S'il n'y prend garde, le jeune voyant en herbe peut attirer une cour intéressée de copains et de copines d'une heure qui ont vite compris que celui-là raconte parfois des choses qui se réalisent dans le futur. Idéal pour les amourettes à venir ou les épreuves d'un examen... C'est d'ailleurs en période de préparation du baccalauréat que Jean Philippe fait un rêve étonnant : « je voyais mes résultats de français et j'avais des notes catastrophiques. Au réveil, je me suis rassuré en pensant que ce n'était qu'un rêve parmi d'autres. La suite a prouvé le contraire! »3 Rêve d'examen également pour Maud Kristen4, mais d'un tout autre prolongement, puisque le sujet du Brésil, apparu en rêve la veille du jour J, lui permettra de continuer ses études.

 

Pourtant, ces phénomènes ne semblent pas extraordinaires aux protagonistes au moment où ils les vivent. Ils n'y prêtent pas vraiment grande attention, ou ils en ont peur, aussi orientent-ils leurs vies vers d'autres domaines. Plus tard, après avoir emprunté des chemins de traverse dans le monde du travail, ils s'installent professionnellement comme voyants et les signes d'antan prennent alors de l'importance. L'enfance et l'adolescence sont ainsi interprétées rétrospectivement à la recherche des prémices de leur voyance.

 

Vous avez dit « choix » ?

 

 Des études assez courtes, une panoplie de métiers et de professions diverses, jusqu'au jour où, «fatiguée d'une errance vraiment sans fin», Mireille va consulter une voyante. Le verdict tombe: elle est elle-même médium et il lui est demandé de se mettre au travail !

 Côté professionnel, rien ne semble vraiment bien fonctionner pour certains voyants en devenir jusqu'au jour où ils vont consulter et où il leur est annoncé clairement leurs

4 prédispositions extra-sensorielles. Ce sera une femme médium pour Annabelle A,  Madame Indira pour Louis A. Carla connue comme étant la voyante du général de Gaulle pour Henri L.

Parallèlement à ces rencontres décisives avec des voyants professionnels, l'entourage ou les amis n'ont pas été dupes. Ils ont perçu depuis longtemps parfois le potentiel de divination.

Ainsi Louis A. raconte-t-il comment les clientes de son salon de coiffure le sollicitaient journellement, tant et si bien qu'il passait plus de temps à prédire l'avenir qu'à coiffer ces dames. Malgré une expatriation choisie loin de la capitale, sa situation ne change guère, il ne peut s'empêcher de « dire » et se retrouve, au bout de quelques années, installé à Paris comme voyant professionnel. « je n'ai pas choisi la voyance, c'est elle qui m'a choisi », déclarera-t-il au cours de l'entretien.

Des sollicitations pressantes de l'entourage proche, une rencontre déterminante avec un professionnel, parfois des entrevues avec un homme d'Église au cours de l'adolescence, une enfance réinterprétée qui valide l'existence des signes précurseurs... Mélangez le tout, le clairvoyant naît.

 

Il se nommera lui-même par diverses appellations voyant, voyante, médium, guide spirituel, sujet psi, médecin de l'âme, etc. Un seul me répondra: « je pratique la voyance donc je dois être voyant.

 

 

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Entretien avec Estelle V.

 

« La voyance est un ressenti épidermique, physique »

 

Quel est votre premier souvenir de voyance ?

 

 Vers l'âge de six ans, j'étais avec ma grand-mère et, en fermant des volets, nous avons vu toutes les deux, en même temps, des dômes orientaux, comme en Russie. J'ai le souvenir de lui avoir dit : « Mamy, est-ce que vous avez vu ? »

 Elle m'a répondu : « Nous avons vu la même chose », et nous n'en avons jamais reparlé. C'était une image extraordinaire, des coupoles dorées, des couleurs lumineuses. Aujourd'hui, je m'en souviens encore précisément, elle est restée gravée dans ma mémoire.

 

 Ensuite, la période de l'adolescence a été difficile, mes parents s'étaient séparés. C'était une situation que je vivais mal. À l'école, je disais des choses qui arrivaient, les autres enfants m'appelaient la sorcière, mais pas de façon sympathique, plutôt sur le ton de la méchanceté. En fait, j'étais à part, je n'ai jamais été considérée comme les autres élèves, et j'ai même dû changer d'école.

 

Six ans, au côté de votre grand-mère, vous voyez une image. Mais un enfant ne peut pas mettre le mot voyance sur cette situation. Qui a dit que vous étiez voyante, comment vous êtes-vous appropriée ce terme ?

 

C'est une longue histoire. Je pense que l'on naît avec ce don; c'est le regard des autres qui me l'a fait découvrir. Arrivée à l'âge adulte, j'ai toujours prédit certains événements à mes amis, mais jamais je n'aurais pensé en faire profession. Les circonstances de la vie en ont décidé autrement.

 

J'ai travaillé comme attachée de presse dans le milieu de la mode pendant des années. J'ai ensuite rencontré mon mari et je suis partie vivre avec lui, en Italie. Là-bas, je n'ai connu que des déboires. Ma santé fut même un moment

 

1 Estelle V. raconte son histoire dans Flashes back, Le Rocher, Monaco, 2002.

 

en péril. J’étais vraiment mal, j'allais de médecin en médecin. J'avais alors une voisine qui avait des dons de médium, elle m'a dit: « Tu ne vas pas rester dans cet état, mais toi, tu as quelque chose, je vais te présenter le cardinal, lui t'expliquera. » C'était un homme énigmatique, qui m'a simplement dit en me regardant droit dans les yeux : c Repartez vite en France. » J'ai eu la sensation très nette que si je restais, un danger planait sur mon enfant et moi.

 

De retour en France, après une séparation avec mon mari, j'ai dû tout reconstruire, repartir de zéro avec ma petite fille. J'ai cherché du travail et même si je prédisais toujours certains faits pour mes amis, je n'ai jamais pensé à la voyance. Avec un bébé en bas âge, les portes se fermaient systématiquement pour tous les métiers de la presse : on me faisait clairement comprendre que je n'avais plus ma place dans ce milieu.

 

Parallèlement, dans mon quartier, il y avait une commerçante que je côtoyais régulièrement et, un jour, simplement en discutant, j'ai déroulé toute sa vie comme un film. C'était net et précis. Elle m'en a énormément voulu car il y avait des choses peu agréables à entendre, mais trois mois plus tard, elle se rendait compte que tout était vrai.

 

C'est donc un peu cette commerçante qui a provoqué la décision de vous installer dans ce métier ?

 

En fait, je cherchais toujours du travail - sans en trouver d'ailleurs ! Cette commerçante que nous évoquions m'a envoyé plusieurs de ses amis pour des consultations amicales. Tous les gens que je rencontrais me poussaient à m'installer comme voyante, mais je n'étais pas sûre de moi et craignais de ne pas être assez mature ; la voyance est une grosse responsabilité.

 

 J'avais également l'impression que mes voyances partaient un peu dans tous les sens, que je n'arrivais pas à gérer complètement le phénomène.

 

 Pour me rassurer, me donner confiance, je me suis inscrite à des cours de numérologie et, deux mois plus tard, l'enseignant m'a dit : « Arrêtez les chiffres, ce n'est pas vous ». Par contre, il m'a donné les coordonnées d'une société de voyance.

 

Une société de voyance par téléphone ?

 

Oui. Je n'avais aucun préjugé, c'était un monde que je connaissais peu. A aujourd'hui, je sais que j'ai eu la chance de contacter une société de voyance sérieuse.

 

C'est avec cette expérience que ma voyance s'est affinée. De nombreuses personnes, qui appelaient pour une consultation, me demandaient. Je réalisais que je ressentais très bien les autres par téléphone. Au fil du temps, les appels se sont multipliés : les gens demandaient toujours Estelle! Au bout de six mois, j'ai quitté cette société de voyance par téléphone, je me suis installée et je suis devenue indépendante.

 

Avec cette société, vous dites avoir trouvé votre mode de fonctionnement pour la voyance. Aujourd'hui, consultez-vous toujours par téléphone ?

 

Oui, c'est une pratique qui me convient car elle respecte l'anonymat, je demande juste le prénom de la personne qui m'appelle. Je ne vois pas mon interlocuteur, mais je fonctionne avec les vibrations de sa voix. Mais je reçois aussi dans mon cabinet.

 

Comment se passe une consultation ?

 

Par téléphone ou de visu, je commence toujours par demander le prénom du consultant. À partir de ce moment, je suis très carrée » : ou je vois, ou je ne vois pas, il n'y a pas d'alternative.

 

Les premiers flashes qui arrivent sont toujours pour moi des points de repère dans le passé de la personne. Ces indications permettent de savoir tout de suite si je vais bien voir et le consultant doit pouvoir se resituer dans ce qu'il entend.

 

 En ce qui concerne le passé, je ressens surtout les épreuves, les périodes  de souffrance ; pour le présent, je dois faire attention à la télépathie. Au bout d'un certain temps, il se passe quelque chose. Je dirais que j'arrive sur un plan de médiumnité, ma sensibilité semble doubler C'est un ressenti épidermique, physique; quelquefois pour des maladies, je me sens mai car je les perçois dans mon propre corps.

 

 Lorsque des images apparaissent, si elles me viennent rapidement, cela

 m'indique une durée de réalisation courte, environ deux à trois mois. S'il

 s'agit d'un événement plus lointain dans le temps, je ne peux pas préciser la

 date, mais je peux décrire les lieux, les personnes.

 

 J'ai également remarqué que je suis très performante lorsque l'on me donne le prénom d'une personne. Je la décris parfaitement, je dis qui elle est, ce qu'elle fait, son caractère. Pour en revenir au temps, je sais maintenant que j'arrive à lire l'avenir de quelqu'un sur une durée d'environ deux ans, rarement plus loin.

 

N'est-ce pas quelquefois une forme d'impudeur que d'entrer ainsi dans la vie des gens, même s'ils vous en donnent le droit ?

 

Si, probablement, mais il existe une réelle demande. Actuellement, les gens se sentent souvent en insécurité dans leur vie. Les choses arrivent de façon plus précipitée qu'auparavant : les ruptures affectives, le chômage, tout est brutal, tout va trop vite. Ces situations génèrent de la peur et simultanément le besoin d'être rassuré, de connaître l'avenir proche.

 

J'aide mes consultants à passer des étapes souvent difficiles de leur existence et, même si ce qu'ils entendent ne va pas forcément dans le sens qu'ils souhaitent, la consultation doit leur permettre de prendre les devants, les dispositions nécessaires.

 

Parallèlement, j'essaie toujours de leur faire comprendre qu'ils doivent rester libres de leurs choix. Lorsque les personnes sont trop vulnérables, trop influençables, je l'entends tout de suite à leur voix, je ne les reçois pas. De la même façon, je ne reçois pas de personnes en dessous de vingt-cinq ans. Je pourrais, sans le vouloir, programmer certains événements dans leur mental, c'est trop dangereux.

 

Il m'arrive aussi de «craquer», je me demande si je dois continuer, m'investir ainsi dans la vie d'autrui, je me pose régulièrement des questions...

 

Vous trompez-vous ?

 

Bien sûr, je pratique ce métier depuis dix ans et il y a une seule personne, une amie, avec laquelle je peux dire que ma voyance fonctionne à 99 %. Sinon, de manière générale, mes résultats oscillent autour de 70 % de réussite. Il m'a été possible de réaliser cette évaluation grâce aux retours que j'ai de mes consultants. Je demande toujours que l'on me rappelle, que l'on me tienne au courant dans les semaines qui suivent le rendez-vous. C'est important pour moi.

 

Et lorsque vous entendez que vous vous êtes trompée...

 

Je suis mal à l'aise, je me remets en question, je n'ai plus envie de travailler ! Je sais pourtant que la possibilité d'erreur fait partie de la voyance. Dans une consultation, il est impossible que tout ce qui est dit se réalise, pourtant je souhaiterais être toujours performante.

 

Il faut quand même ajouter que les gens sont, en général, assez impatients ! Il est rare que dans les deux ans qui suivent la consultation, les choses prédites ne se réalisent pas. Et si, par hasard, pour une personne que j'ai vue plusieurs fois, tout ce que j'ai dit est faux, alors je la reçois de nouveau et gratuitement, années d'exercice, quel regard portez-vous sur votre profession ?

 

Un métier mal perçu car beaucoup de gens nous desservent, des fois la plupart du temps. Je suis toujours désolée lorsque j'entends des gens me raconter des expériences malheureuses et qui gardent le sentiment de s’être fait avoir . Quelqu'un de vulnérable, cela se remarque de suite, la personne est émotive, un peu perdue face à ses problèmes. Exemple, certains pleurent, je les laisse pleurer, il n’y a pas beaucoup d’endroits aujourd'hui où l'on peut pleurer.

 

Sans oublier ceux qui sont persuadés d'être envoûtés. Ils n'admettent pas je la vie est aussi faite d'épreuves. Ces personnes sont des proies faciles pour les charlatans, il y a donc des dérapages, avec des sommes d'argent considérables en jeu. Bien entendu, la situation du consultant ne changera en rien, mais il est pris dans un engrenage de peur et continuera d'aller chez ce pseudo-voyant, au cas où...

 

Je dirais qu'en général, c'est un milieu assez malsain, j'ai même reçu des menaces par lettres ou des coups de téléphone anonymes.

 

Il est évident qu'on ne peut pas faire ce métier sérieusement et gagner beaucoup d'argent. C'est impossible, nous ne faisons pas du travail à la chaîne, la fatigue est réelle. Il existe heureusement des voyants performants travaillant avec un côté humain.

 

Vous parliez de fatigue par rapport à votre pratique, comment vous ressourcez-vous ?

 

Pour moi, la voyance est épuisante. Je sens aussi le côté médium qui se développe et me fatigue de plus en plus. Mon don est monté très vite... En dix ans, j'ai changé ma manière de travailler, j'ai remarqué aussi qu'il y a une usure. Or, je veux toujours donner le meilleur J'organise mon temps, environ trois consultations par téléphone le matin et deux consultations maximum à domicile l'après-midi, je ne peux pas faire plus. Et le mercredi, je ne travaille pas !

 

Dans mon quotidien, je remercie Dieu tous les jours et, chaque semaine, je fais appel à quelqu'un qui vient me «recharger» avec des massages énergétiques. J'ajouterai que je pars souvent à la mer, j'ai besoin d'aller dans l'eau.

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QUI PEUT S’INSTALLER ?

 

De l'oracle au voyant

 

Depuis la nuit des temps, chaque époque a ses oracles, ses prophètes, ses devins. Dans les sociétés traditionnelles, le voyant est parfois désigné par « l'Ancien », et c'est souvent au prix d'une longue initiation qu'il est reconnu par sa communauté. Ses pouvoirs lui sont donnés par une force supérieure ou par les ancêtres décédés. Il est aussi guérisseur, sage, et utilise les forces magiques. Si l'on survole la culture chamanique dans laquelle la divination est une des fonctions du chaman, jean‑Patrick Costa rapporte: « On distingue quatre voies permettant de devenir chaman: la transmission héréditaire, l'appel ou élection divine, la désignation par le clan, et enfin la décision personnelle. »I

Aujourd'hui, en France, si le coeur vous en dit, rien ne vous empêche, hormis votre honnêteté, de vous installer comme voyant dans les prochaines semaines. Au cours d'une communication publique reprise dans un article de La Revue française de parapsychologie2, l'historienne Floriane Blanc décrit clairement comment « l'Histoire a bégayé [entre les] périodes d'interdiction vigilante et d'interdiction permissive », pour arriver au décret du 8 juillet 1987 autorisant l'exercice de la prédiction comme activité professionnelle.

 

Quelques années plus tard, c'est l'abrogation de l'article R 3 4‑ 7 du code pénal ‑ ancien article 4 79 datant de 18 10. Il stipulait: « Seront punis d'une amende de dix à quinze francs les gens qui font métier de deviner et pronostiquer ou d'expliquer les songes. » L'historienne ajoute avec pertinence: « Mais pourquoi n'a t’on alors rien mis en place pour combler le vide juridique ouvert par cette levée d'interdit ? Était on inconscient de l'impact d'une telle profession? Pourquoi n'a t‑on pas réfléchi à l'ensemble des dérives potentielles P »

À noter enfin, une autre de ses réflexions : « Les petites histoires de la grande [histoire] soufflent que de grands hommes d'État ou leurs proches avaient pour habitude de consulter. On le sait pour Joséphine, on le murmure pour Napoléon et le général de Gaulle [ ... ]. Ce qui expliquerait la pauvreté des règlements en la matière ? »

En conclusion, si avant 1987, l'illégalité battait son plein sous les yeux bienveillants des gouvernements, quelques démarches suffisent aujourd'hui pour s'installer voyant en toute légalité. Des charges à payer comme pour toute profession libérale, un local pour recevoir ‑ ce peut être chez vous ‑ un peu de publicité, et il ne reste plus qu'à attendre le client.

 

Personne ne vous demandera où vous avez passé votre « examen de boule de cristal ».

Le commerce de la « bonne aventure » est une manne finan­cière pour qui sait l'utiliser et peut rapidement devenir une « mauvaise aventure » pour le consultant non averti.

En avril 2000, le chiffre d'affaires annuel des arts divina­toires était estimé à 2 1 milliards de francs par le ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie (dans cette notion d'arts divinatoires sont comptabilisés les cartomanciens, les astrologues, les tarologues, les marabouts, etc., mais aussi les

magnétiseurs et différents praticiens de médecines parallèles).

Un chiffre considérable auquel il est nécessaire d'ajouter les nombreuses consultations sommaires de personnes non déclarées et les sommes parfois astronomiques demandées en liquide par des professionnels de l'amulette.

Comment connaître aujourd'hui le nombre de voyants dans l'hexagone ?

 

Pour répondre à cette question, il faudrait se réincarner en Sherlock Holmes, entamer un tour de France et reprendre chaque jour l'enquête à zéro. Le baromètre oscille généreusement entre 60 000 et 100 000 professionnels, voire plus, certains s'installant pour une courte durée de trois mois puis changeant d'activité, d'autres officiant sous couvert d'associations. Quant aux voyances « personnalisées » effectuées par correspondance, Minitel ou téléphone, elles sont souvent établies par ordinateur. Il est difficile de comptabiliser des machines comme employés...

Les enquêtes de la Direction générale de la consommation de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) constatent qu'un fort pourcentage de praticiens ne respecte pas le code de la Consommation, ni les obligations en matière d'information du consommateur'. Si le nombre des consultants, en France, atteint les 15 à 20 millions, la DGCCRF estime également que s'ils sont souvent victimes d'abus, ils osent très rarement engager des poursuites et porter plainte.

Les uns...

La grande majorité des professionnels utilise des cartes, du jeu de trente-deux aux différents tarots. Parmi ces voyants cartomanciens, plusieurs cas de figure se distinguent, pas toujours nettement pour le consultant:

‑ le cartomancien escroc qui a vite compris que le malheur des uns peut faire son bonheur financier;

‑ la personne qui, à plusieurs reprises au cours de sa vie, a vécu certains phénomènes inexpliqués (rêves prémonitoires, divination ... ) et s'installe, convaincue de son don par l'entourage proche;

‑ enfin, celle ou celui qui a régulièrement de réelles facultés psychiques.

Dans le premier cas, celui de l'escroc obsédé du remplissage de son porte-monnaie, un petit abrégé de connaissances en matière de publicité s'impose. Il est des évidences qui se doivent toujours d'être rappelées.

Une publicité est un espace acheté par celui qui veut se faire connaître, vendre un produit, ses compétences dans sa profession, etc. Comme il achète ces quelques centimètres carrés dans un journal ou un magazine, il est en droit d'y faire figurer ce qu'il désire, en accord avec les bonnes mœurs, bien entendu.

En clair, n'importe quel individu en possession d'un budget conséquent, peut acheter un espace publicitaire dans l'hebdomadaire ou le mensuel de son choix, et y inclure un texte du type: « Barbara ‑ Vraie médium ‑ Don héréditaire Voyante confirmée des stars et des personnalités ‑ Capte votre pensée et celle de l'être aimé ‑ Dates précises. »

Le texte qui fleure bon l'arnaque est en général agrémenté d'une photo de jeune femme tout sourire ou d'un homme au regard envoûtant. Sans oublier un numéro de téléphone ouvrant le sésame de la voyance sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Plusieurs enquêtes en attestent : au bout du téléphone, vous entendez neuf fois sur dix des étudiants employés par une « société » de voyance. Mot d'ordre de l'employeur : faire durer le plus longtemps possible la communication, France télécom leur reversant une part du montant global de l'appel.

Ces jeunes gens, dont beaucoup n'ont jamais entendu parler de voyance, officient de la façon la plus aimable possible et lisent souvent une trame de réponses toutes prêtes, à adapter aux questions de leur interlocuteur.

Une autre solution existe pour le pseudo voyant : la petite annonce. Un budget moindre mais des résultats tout aussi efficaces. Plusieurs colonnes sont consacrées à la voyance dans les journaux gratuits distribués dans les boîtes aux lettres. Même contenu pour le texte ou des variantes similaires : « Spécialiste du domaine amoureux, retour d'affection, aide immédiate, etc. »

Sans oublier un rapide détour par les petits tracts rectangulaires distribués aussi dans les boîtes aux lettres ou dans la rue, de la main à la main, et promettant monts et merveilles:

 

la réussite au permis de conduire, à tous les examens sans exception, le retour quasi immédiat de l'infidèle, chance, fortune, prospérité et succès dans tous les domaines. Un lot gratuit de phrases-appâts miroitantes, mais le poisson c'est VOUS.

La technique utilisée dans ce type de consultations ne varie guère : les cartes ne sont pas vraiment bonnes, en fait pas bonnes du tout...

L'envoûtement possible n'est pas loin. Quelqu'un vous veut du mal, les ondes négatives foisonnent dans votre entourage mais la chance vient de mettre sur votre route un sauveur qui a le pouvoir de vous délivrer en réalisant un travail de « nettoyage des mauvaises énergies ». Moyennant finances. Les sommes à débourser peuvent être astronomiques et augmentent toujours dans le temps puisqu'il est évident qu'une fois ne suffit jamais.

Vous l'aurez compris: sans discernement, votre expérimentation du monde de la voyance risque de se solder uniquement par un sérieux allègement de votre compte bancaire.

et les autres

1‑leureusement, la profession compte des personnes intègres, loin de tous les miroirs aux alouettes. Le plus souvent, ces femmes et ces hommes donnent le sentiment de ne pas avoir eu le choix, comme si le métier de voyant s'était littéralement imposé dans leur vie. Dans le chapitre sur les voyants et dans les entretiens, nous découvrirons dans quel contexte Louis A., Estelle V. ou Annabelle A. ont décidé de faire profession de leurs capacités.

Les clairvoyants que j'ai interviewés ne font pas de publicité tapageuse. Certains seraient même trop discrets. Ce ne sont pas les seuls, il en existe d'autres, mais les chemins de mon enquête m'ont conduit vers ceux-là. Pour dénicher un bon professionnel, faites confiance à vos amis ou à une personne qui a déjà consulté celui-là même que vous souhaitez rencontrer. Une mauvaise adresse se transmet rarement alors

 

que la bonne adresse, elle, file à la vitesse de la poudre. L'univers de la voyance est l'un des milieu où le bouche-à-oreille fonctionne à merveille mais, attention au copain du copain de la copine du collègue de bureau! Nul besoin d'intermédiaire, le professionnel compétent se déniche simplement auprès de celle ou celui qui l'a déjà consulté.

 

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Entretien avec Gerald A.

 

« La voyance permet de frayer un chemin de réconciliation avec soi »

Depuis de nombreuses années, hommes et femmes viennent vous consulter. Comment vous définissez vous? Voyant, médium, oracle ... ?

Comme un ermite à qui l'on vient rendre visite à un certain moment de sa vie. Un ermite dans sa grotte qui parle de votre vie. .. quand vous le lui demandez. Qu'entendez vous derrière le mot ermite ?

Avoir un certain recul. Un recul par rapport à mes a priori, à mes émotions et surtout par rapport aux consultants qui ont souvent envie d'entendre seulement des choses qui leur conviennent. À ceux-là, j'explique que la vie est comme un arc-en-ciel avec des bons et des mauvais moments.

J'ajoute qu'en leur disant des « mauvaises choses », toujours avec tact et diplomatie, ils peuvent ainsi ‑ mais chacun a son libre arbitre – contourner l'obstacle. Sinon, ce n'est pas la peine d'avoir cette démarche de venir consulter. Je n'emploie jamais de mots susceptibles de déstabiliser la personne qui est en face de moi. Il existe une éthique au niveau de la voyance. Le plus souvent, la personne qui arrive est envoyée par un ou une amie, je dois donc mériter à la fois la confiance de la personne qui consulte et de celle qui lui a donné mes coordonnées.

On parle souvent de la voyance en termes de don. Certaines personnes seraient donc privilégiées dans ce domaine ?

Je pense que c'est un don que tout le monde possède et qui peut se développer. On ne peut pas avoir plus qu'un autre, nous sommes tous égaux avec un potentiel commun. Il ne faut pas prendre le voyant pour un être suprême qui connaît tout !

 

Le voyant est quelqu'un qui a développé un don particulier et, quelquefois, il voit mais d'autres fois, il ne voit pas.. . Il ne faut jamais l'oublier De même, si l'on cultive ce potentiel, c'est pour aider les autres et non pas pour avoir un ascendant sur eux.

Pour favoriser ce potentiel dont vous parlez, avez vous une hygiène de vie particulière ?

Oui, je sors très peu car si je rentre tard le soir, je ne peux pas être disponible  et frais le lendemain. Côté alimentation, j'ai une nourriture particulière, juste un peu de viande blanche, du poisson et beaucoup de légumes. C'est un choix personnel parce que je suis proche de la nature, de l'environnement.

Je respecte également le rythme des saisons, vous ne me verrez pas manger de fraises en hiver.

Puis, le voyant est un homme comme les autres : je ne peux pas consulter si j'ai un handicap quel qu'il soit, si j'ai mal aux dents, par exemple. Il faut savoir dire : « Non aujourd'hui, je ne peux pas consulter. » Il est impossible de faire une voyance si l'on n'est pas en forme, tant au niveau énergétique qu'au niveau du mental. C'est capital aussi de ne pas faire de transfert de ses propres problèmes sur les consultants. Si le voyant n'est pas clair avec lui-même, il risque d'influencer la consultation.

 

À propos d'influence, pensez vous que votre histoire personnelle oriente ou 10 vos interprétations ?

Non. Je le répète, il est nécessaire d'être clair avec soi-même et équilibré quand vous faites de la voyance. Par exemple, un voyant ne doit jamais être dans un état de nervosité : s'il est nerveux, cela va saccader sa voyance.

Il faut savoir donner, être à l'écoute. Les gens que nous recevons sont sensibles, mais ils ne doivent pas non plus nous prendre pour un psy! Et il existe un point capital dans notre profession : ne pas juger Il est nécessaire de savoir faire don de soi, parce que si vous ne donnez pas un peu de vous même, vous ne recevrez pas d'amour des autres. Toutefois, une chose est sûre, si vous vous prenez trop au sérieux, vous n'êtes déjà plus voyant.

Pour exercer ce métier, je parierai d'une certaine élégance nécessaire. Le consultant doit pouvoir se dire : « Je le connais depuis toujours. » Il doit y avoir une émotion pendant la consultation.

 

Quelle différence faites vous entre la voyance et la télépathie, commu­nément appelée transmission de pensée ?

La télépathie, n'importe qui peut en faire. Il suffit que deux personnes pensent au même instant à la même chose et, très souvent, elles tombent d'accord. Lorsque je suis en voyance, j'oublie le consultant. Il est assis sur le fauteuil face à moi, je ne le regarde pas pour ne pas être influencé par ses idées. Je fais écran et je rentre dans son contexte vibratoire, ce qui n'est pas la même chose.

Comment débute une consultation?

Pour toute consultation, il existe un élément déterminant : le consultant doit se sentir à l'aise, détendu. Quand une personne arrive, je lui explique en premier lieu que mes voyances ne sont pas chronométrées. Je lui propose tout d'abord d'aller s'asseoir quelques minutes dans la salle d'attente, une pièce tranquille. Ces quelques minutes lui permettent de souffler, de se décontracter, de se dégager de son univers quotidien et de l'extérieur. À ce moment là, la personne entre dans un autre champ vibratoire, elle devient moins anxieuse,  c'est important. Si le consultant reste dans un état de « malaise » ou d'agitation pendant la consultation, je risque de moins bien voir Ensuite la personne entre dans mon cabinet, s'assoit, je regarde à sa droite et les clichés arrivent. Que se passe t’il pour vous derrière le mot voyant ? Voir des images ? Entendre des mots ?

Les deux. Il existe différentes sources pour obtenir des informations. En consultation de voyance, je regarde donc toujours à la droite de la personne, par delà son épaule, et des clichés arrivent, comme un film qui se déroule au fur et à mesure.

Pour un événement lointain, ce sont des images en noir et blanc, et quand cela se situe dans un avenir proche, les images sont en couleurs. Et s'il n'y a pas de film, je ne peux pas inventer !

Parallèlement, j'entends des voix, comme si des mots m'étaient dictés.

Images et mots, les deux se combinent souvent. Il m'arrive également de voir un calendrier qui se déroute pour indiquer une date. Il y a aussi des symboles qui me sont personnels et que je dois traduire. Ce n'est pas toujours évident car ils peuvent changer d'une fois à l'autre.

Autrement, je n'ai pas de sensations physiques particulières, ni plus chaud ou plus froid, comme cela peut arriver à certains voyants.

 

Les consultants se demandent souvent si le voyant lui dit vraiment tout, ce « tout » laissant la porte ouverte à l'imagination. Alors, dites vous vraiment tout ce que vous voyez ?

Il existe deux possibilités : ou la personne accepte ce que je vais lui dire, ou elle ne l'accepte pas. Or, plus des deux tiers viennent chercher seulement ce qu'ils ont envie d'entendre.

Non, il ne faut pas tout dire et ce que l'on exprime, il y a une façon de le formuler Ce n'est pas la peine de faire ce que j'appelle de la voyance « négative ». Je m'explique: si je vois un couple qui va bien et que parallèlement je vois un divorce, mais très loin dans le temps, ce n'est pas la peine d'en parier trente ans à l'avance! Si cette femme, au moment où elle me consulte, est heureuse avec son mari, quel intérêt de faire naître le doute, de tout casser ?

Lorsque cette même personne revient consulter des années plus tard en disant: « Vous n'aviez pas vu », je lui explique ma démarche.

Quelquefois, il est bénéfique de préparer le terrain : « Il y aura plus tard, mais ce n'est pas pour tout de suite.... etc. » La richesse de la langue française permet de créer une véritable alchimie avec la voyance. Il est toujours possible de faire passer un message: si quelqu'un ne veut pas entendre d'une certaine façon, vous lui répétez mais avec des mots différents.

L'état psychologique du consultant compte également. Souvent le rendez-vous est pris dans un moment de vie où la personne a des problèmes, a perdu tout idéal de vie. Une phrase peut alors être interprétée de maintes façons. D'où l'importance de prendre des notes ou d'enregistrer la consul­tation. Cela donne aux consultants la possibilité de retire leurs écrits, de réécouter la cassette dans un état d'esprit différent.

Une consultation de voyance ne risque‑t‑elle pas d'influencer le comporte­ment d'une personne, pouvant même aller jusqu'à l'empêcher de vivre pleinement sa vie dans l'attente de tel ou tel événement ?

Choisir cette profession implique une responsabilité morale. Je le vis bien parce que j'aime mon travail. Quand on pratique la voyance, il faut faire attention, ne pas se lancer à l'aveuglette. Vous vous engagez moralement et affectivement envers les hommes et les femmes qui viennent vous voir. La consultation est toujours un moment important pour la personne; souvent, elle a attendu des semaines, voire des mois pour obtenir un rendez-vous. On va enfin parier de sa vie, ne parier que d'elle pendant une heure.

La voyance permet de frayer un chemin de réconciliation avec soi. Suite à certaines circonstances de leur vie, il y a des gens qui n'évoluent plus, qui stagnent, n'arrivent pas à se remettre en question. Le voyant peut être l'élément détonateur, celui qui explique ce qu'ils sont en train de vivre et pourquoi la situation ne progresse pas. Mais c'est juste un petit coup de pouce, parce que je ne suis pas psychologue ou psychothérapeute, ce n'est pas ma profession.

Avez-vous parfois des doutes par rapport à votre pratique ?

Je me remets en question tous les jours. Tous les matins et tous les soirs, je remercie ceux que j'appelle mes guides spirituels. Ces personnes qui sont dans l'au-delà et m'aident dans mes consultations. Je les remercie déjà d'être en vie le matin, d'accomplir quelque chose et d'avoir la conscience tranquille le soir en me couchant.

Vous parlez de vos guides spirituels. La religion, la foi, sont elles nécessaires pour pratiquer la voyance?

Je suis croyant et pratiquant. Dans la voyance, je ne pense pas que la religion soit nécessaire mais la foi, si. Il ne suffit pas de connaître toutes les prières par cœur mais de prier avec son cœur Nous croyons tous en quelque chose ; si je n'avais pas la foi, je ne pourrais pas faire ce que je fais.

Les dictons populaires répètent qu'« il n'y a pas de hasard », qu'en pensez vous ?

Je pense qu'il n ~ a pas de hasard! Les lignes principales de chaque être sont écrites. Je compare toujours la vie à une étoile, qui clignote, qui scintille dans le ciel; par moments, elle brille un petit peu plus que d'autres, c'est le destin de chaque être.

Mais, s'il y a le destin, il existe aussi le libre arbitre. Si je dis à quelqu'un au chômage, je vous vois trouver du travail et qu'il reste chez lui en attendant qu'on vienne frapper à sa porte, il a peu de chance de réussir. Il se doit de tout mettre en oeuvre pour provoquer son destin et réaliser sa vie professionnelle.

Je vois le chemin principal, la destinée globale de chacun. La personne peut faire des méandres dans sa vie, mais je vois sa ligne principale, ce vers quoi elle arrivera.

Passé, présent, futur... Existe t’il une sorte de mémoire de la personne, hors du temps ?

Je vois le passé, l'enfance de la personne, comment elle a vécu, le point de départ de son existence, puis comment elle vit dans le présent On pourrait dire que tous ces événements ont déjà eu lieu, sont déjà inscrits dans son histoire.

 

Pour le futur, comment je fais pour y accéder ? Je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question; cela vient tout seul. Je suis assis, je regarde sur le côté de la personne et ça arrive d'un coup.

En revanche, je suis persuadé qu'il existe un autre espace-temps que le nôtre. Il englobe le futur proche, puis avant et après notre passage sur terre. Je crois en la réincarnation. fi y a une vie après la mort. J’en suis arrivé à cette conclusion parce que je me suis interrogé. Il est des endroits où je séjournais et où j'avais la nette impression d'avoir déjà vécu, comme si je retrouvais certains automatismes. Il y a également des personnes que je vois pour la première fois mais que j'ai l'impression d'avoir toujours connues. Pour mes amis, c'est comme si je les retrouvais et pas besoin de bavardage, on va dire le même mot au même instant.

A votre avis, pourquoi tant de personnes consultent un voyant ?

Je retournerais la question en demandant : « Qu'est ce qui a fait perdurer la voyance depuis la nuit des temps ? » L’être humain est en perpétuelle remise en question. Nous sommes tous curieux, on veut savoir ! C'est cette curiosité de l’être qui donne à la voyance cette ampleur. Auparavant, l'image de la voyance était caricaturale, liée à une madame Irma enturbannée. On allait consulter en cachette, la démarche s'avouait difficilement. Ensuite, et grâce aux médias, les gens ont pu découvrir des voyants et des voyantes qui ont « redoré » l'image de la profession en montrant la simplicité et non le côté mystérieux.

Pour vous, comment est ce arrivé, qui a dit que vous étiez voyant ?

J'ai ce don depuis ma naissance. Enfant, je voyais quantité de choses mais il fallait que j'apprenne à les interpréter. Ma mère, qui faisait des rêves prémonitoires et tirait les cartes en amateur, a compris tout de suite que j'avais ce don de médiumnité. Elle l'a laissé se développer en favorisant mon épanouissement sans chercher à m'influencer. Par contre, si je me trompais dans mon interprétation, elle me le faisait remarquer gentiment. C'était une bonne école. Elle m'a toujours permis d'évoluer librement. Elle sentait qu'avec ma sensibilité, je n'agresserais jamais les autres, mais elle me rappelait souvent la même phrase L'erreur est humaine, fais très attention. »

J'ai reçu une éducation emplie d'amour, dans le respect de l'autre, des traditions, avec l'exemple de ne jamais porter de jugement. Je pense que je transmets aujourd'hui ce qui m'a été donné pendant l'enfance. Je remercie mes parents de m'avoir donné une telle éducation et je continue sur leurs traces.

 

Vous parlez d'erreurs d'interprétation dans l'enfance, aujourd'hui vous trompez vous ?

Bien sûr, et les retours des consultants sont des points de repère. Ce que nous rapporte une personne dans les mois qui suivent la consultation est important. La déontologie du voyant devrait toujours être : « Rien n'est acquis. » Et aussi: « Tout voir, entendre, mais ne rien dire, ne pas colporter, savoir garder le secret. »

Comment cultivez-vous cette neutralité ?

Avec cette foi dont nous parlions tout à l'heure. Elle me permet aussi de mettre des limites. Comme voyant, je me dois d'être apolitique et sans religion aux yeux des personnes qui viennent dans mon cabinet.

Si j'ai des a priori, la consultation peut être faussée, par exemple lorsqu'un homme politique me consulte. Alors, je ne lis pas la presse, ni ne regarde les informations. Je n'ai pas envie d'entrer dans un schéma d'appartenance et d'écouter le message que veut faire passer tel ou tel média.

Comme j'ai besoin de me distraire, je lis des magazines à images... Je fais aussi de la méditation, ce qui m'aide de prendre du recul par rapport au monde environnant. Je me recentre et rentre dans ce que j'appelle les énergies de neutralité et les énergies positives. La voyance est un long chemin de solitude. Ce n'est pas facile à gérer ni, parfois, à digérer.

« Voyez vous » n'importe quand ? Devez vous contrôler ces facultés médiumniques ?

Je ne veux bouleverser personne et lorsque je décide de ne pas voir, je ne vois pas. Ou si des images arrivent quand même, je les filtre. J’entends, je vois, mais je ne dis rien. En fait, il ne faut rien dire si les gens ne sont pas demandeurs, autrement c'est une atteinte à leur identité, à leur intégrité.

Cela peut être gênant pour moi, par exemple quand je dîne au restaurant; mes amis le savent, je les regarde droit dans les yeux, sans prêter attention à ce qui se passe autour. Et comme je sens les vibrations, je me mets toujours contre un mur ou entre deux personnes que je connais.

 

Peut on perdre son don ?

J'en suis sûr: si l'on fait de la voyance dans le pouvoir, pour abuser d'autrui. Quand on a un don, les guides spirituels ne veulent pas que l'on joue, que l'on trahisse autrui. C'est la responsabilité dont nous partions tout à l'heure, et aussi la recherche spirituelle.

Dans ma pratique, il y a des jours où je vois avec moins d'intensité; alors, bien sûr, j'ai la crainte de perdre le don. Mais je me dis que tant que je fais du bien, que je ne trahis pas, tant que j'aide et tant que j'aime, je pense que ce don me sera laissé.

Quels conseils donneriez vous à un jeune voyant qui souhaite s'installer ?

À d'autres voyants qui viennent me consulter, je dis : « Faites attention parce que vous avez des responsabilités. Les seuls repères sont ceux du cœur. Tant que vous douterez de vous et tant que vous vous remettrez en question, vous progresserez.

Puis, je crois beaucoup au pouvoir du tâcher prise. Quand on tâche prise sur quelque chose, cela vient tout seul. Ce qui ne veut pas dire abandonner mais se remettre en question, combler ses lacunes. Pour faire de la voyance, il faut d'abord s'aimer soi-même, connaître ses qualités, surtout ses défauts, on peut parier d'humilité de l'âme.

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« Tu vas écrire un livre sur la voyance ».

 

Le mot employé n'était pas cartomancie, mais voyance.

Bien que le dictionnaire fasse l'amalgame entre les deux termes, ils me paraissaient différents. Alors, comment s'y

retrouver ?

 

Voyants, cartomanciens, marabouts, médiums, devins Autant d'appellations autant de pratiques. Le premier acte de mon approche consiste à exclure toute pratique divinatoire s'appuyant exclusivement sur des cartes ou sur des objets.                                                                                                               

Cette précaution me semble nécessaire: il existe aujourd'hui de nombreux manuels qui « apprennent » à faire les cartes et décrètent que telle combinaison correspond à telle interpré­tation. Une seconde raison emporte ma décision : je lis les journaux, écoute la radio et regarde la télévision ; si les médias, pour appâter leur lectorat jouent parfois la carte des extralucides, ils mettent aussi en garde: de nombreux récits et reportages au cœur du business divination préviennent du revers d'une médaille trop dorée. S'il est des voyants, il est

aussi des charlatans et ils sont nombreux les écumeurs de comptes en banque. Une forte personnalité assortie d'une psychologie de bas étage suffit à transformer un escroc patenté en voyant imposteur. Objectif : à l'aide d'une mise en scène bien rodée, faire parler « le client » et lui laisser entendre que l'on savait déjà, confirmer les épreuves à venir avec quelques cartes de piques étalées sur la table et se présenter en sauveur. Moyennant finances, bien sûr. Vous l'aurez compris, ces personnes ne sont ni des voyants, ni des cartomanciens, et de telles pratiques nécessiteraient plusieurs encyclopédies « spécial consultants » sur l'art et la manière de renifler l'arnaque.

Le tireur de cartes pouvait donc toujours s'éclipser derrière ses jeux, le diseur de bonne aventure derrière sa boule de cristal alors que, dans mon esprit, les voyants devaient travailler sans filet, donc sans support. Qui dit voyant, dit clairvoyant. Des hommes et des femmes pratiquant la voyance directe, à ne surtout pas confondre avec la « voyance en direct », cette drôle de petite formule utilisée par des cabinets multicartes sévissant sur Minitel, par téléphone ou sur Internet.         

 

Voyants, clairvoyants Qui sont ces acrobates qui acceptent ouvertement de prendre le risque de se jeter dans le vide, parfois de se tromper, à la lecture du futur de leur consultant ?                                                                       

Dans un premier temps, celui ou celle qui pratique la voyance directe vous accueille dans son cabinet et dit         

simplement bonjour. Après quelques échanges de courtoisie, vous êtes assis face à lui et la consultation débute: le clair‑voyant parle (de vous), et ne s'arrête plus. La plupart du temps, il ne regarde pas vraiment son consultant durant son long monologue. Son regard se fixe ailleurs, se porte dans la pièce, au plafond, par terre ou par delà l'épaule de la personne qui lui fait face.                                                                                                                     

Certains usent d'une règle commune pour le déroulement de la consultation : commencer à parler du passé du consultant, s'arrêter et demander si les paroles exprimées sont justes ou non. Si pendant ce premier tableau de vie, dépeint par lui, vos cheveux se hérissent et si vous vous interrogez sans cesse : « Mais de qui parle t’il ? Quand est ce que c'est mon tour ? », alors, vous pouvez plier bagages, celui là n'est pas pour vous. Et vous ne lui devez rien, bien entendu. Il en est des voyants comme des médecins ou des rencontres, certains vous conviennent, d'autres non.  

Par contre, si vous acquiescez à la demande de confirmation de ses propos, alors il ne posera nulle question complémentaire, vous coupera presque la parole si vous souhaitez en poser une, et recommencera à parler. Cette fois ci de votre présent, puis de ce que vous attendez: de votre avenir.

Avis de recherche

Quoi que l'on puisse en penser, il n'est pas si facile de dénicher un « vrai » voyant. Extralucides, médiums, diseurs de bonne  aventure de tous acabits, le vocabulaire est vaste dans notre  florissante langue française. Où trouver un voyant clair­ voyant ?

Les pages jaunes de l'annuaire téléphonique ne simplifient pas vraiment la question. Elles regroupent tout ce petit monde sous la rubrique « Voyance, cartomancie ». Cette classification n'aide guère les recherches puisque, dans cette liste, se côtoient aisément des tarologues, des « parapsychologues », des spécialistes en « amour, travail, santé, chance » et des offres de voyance sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre. À ce rythme effréné, on peut aisément imaginer pour ces derniers, la profondeur de leurs cernes, le vide de leur  réfrigérateur et les couches de poussière dans leur appartement. Simples détails, pourriez vous répondre, mais souvent compensés par un compte en banque confortable puisque cette disponibilité permanente est généralement « offerte » à tout consultant qui communique son numéro de carte bleue avant toute autre question.

Alors, en dehors des pages jaunes, à qui donc s'adresser pour rencontrer des voyants qui voient, sans support aucun?

Plusieurs solutions: le bouche-à-oreille, la lecture assidue mais sélective de magazines féminins et certains ouvrages. Certes, l'approche peut sembler légère: je n'en ai pas trouvé d'autre.

La liste des voyants enfin constituée, la partie n'est pas pour autant gagnée. Une fois le numéro de téléphone composé, deux possibilités se présentent: un secrétariat ou un répondeur.

Dans le premier cas, la personne filtre consciencieusement les appels et je dois expliquer une première fois ma démarche.

Réponse quasi identique des différents interlocuteurs : « J'en parle à monsieur ou madame X et on vous rappellera. » À l'exception d'une femme cerbère qui m'a sèchement expliqué qu'elle ne parlerait sûrement pas de mon appel à Bernard S car cela ne l'intéresserait pas. Si le coeur m'en disait, ajoutait‑elle, pouvais toujours lui écrire, mais cela ne servirait à rien…

Côté répondeur téléphonique, la tentative devient carrément laborieuse pour qui n'aime guère parler dans le vide : selon les Jours, je raccroche net ou j'expose laborieusement à la bande enregistreuse le motif de mon appel en laissant mes coordonnées dans l'attente d'une réponse.

Bilan de mon opération « secrétaires pour de vrai et secrétariat sur bande magnétique » : près d'un tiers n'ont jamais pris la peine de rappeler. Parmi les autres, certains acceptent et d'autres déclinent la proposition d'entretien. Les principales raisons des refus? « Nul besoin de publicité... La seule fois où j'ai accepté de répondre à un journaliste, mes propos ont été déformés... je ne souhaite pas que mon nom figure avec d'autres... », ou encore : « Mon guide spirituel me l'interdit car je prépare moi-même un livre. »

Toutes celles et ceux qui ont accepté de me recevoir avaient réellement envie de « parler voyance », de discuter au grand jour de leur pratique. Chez tous ces clairvoyants existait ce désir sincère de défendre leur profession et d'expliquer simplement que la voyance n'a rien de commun avec les petites annonces qui promettent richesse et retour d'affection. Ils souhaitaient « lever le voile » sur leur pratique.

Une belle soirée de décembre, une voix inconnue résonnait au bout de mon téléphone: Guy Angeli, voyant depuis l'enfance et installé aujourd'hui à Paris, me proposait un rendez-vous.

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